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Chroniques / 10.07.2024

Aaron Frazer, Into The Blue

Y a pas à dire, essayer de devenir un grand chanteur de soul en falsetto quand on s’appelle ­Aaron, c’est osé. Et pourtant, notre ami Frazer s’impose de plus en plus dans cette catégorie alors que le grand prêtre Neville profite de sa retraite après avoir servi la cause avec une ferveur inégalée.

Après un passage remarqué chez Auerbach, Frazer trouve chez Dead Oceans des camarades de jeu qui partagent apparemment son amour pour le hip-hop de la fin des années 1990 et du début des années 2000. Les beats sont particulièrement travaillés et leur sonorité ouatée évoque une atmosphère de début d’après-midi caniculaire en Californie. Ce moteur rythmique permet de donner une cohérence à cet album qui avale et recrache les influences en série, que ce soit le western spaghetti (Into the blue), le rock à la T-Rex (Payback) ou la pop latino (Dime). Ce caractère omnivore évoque parfois les expérimentations d’OutKast et nous propose une synthèse de revivals en kaléidoscope temporel : la nostalgie du hip-hop d’il y a vingt ans faisant écho au funk d’il y a cinquante ans rencontrant le revival soul d’il y a quinze ans, lui-même nostalgique d’une musique vieille de soixante ans.

Cette rencontre d’influences au prisme de la rythmique hip-hop produit quelque chose d’à la fois neuf et familier, à la fois nostalgique et plein de fraîcheur juvénile, consacrant Aaron Frazer comme grand prêtre d’un temple élevé sur de nobles et antiques fondations, mais à n’en pas douter, construit à la force de ses propres mains. 

Benoit Gautier

Note : ★★★★½
Label : Dead Oceans
Sortie : 28 juin 2024