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Brèves / 03.11.2026

The Bobby Charles Story, Quelle histoire !

Noël approche et les bonnes gens du formidable label anglais The Last Music Company (dont on ne peut que succomber à la devise, ″Fine music in an increasingly mad world”) pensent déjà à nos futures emplettes en publiant un appétissant coffret consacré à l’ermite d’Abbeville (Louisiane), ″The Bobby Charles Story″.

Le simple énoncé du contenu donne déjà l’eau à la bouche. Avec près de huit heures de musique, il s’agit du recueil le plus exhaustif jamais consacré aux enregistrements studio du roi de la swamp pop. : 122 titres répartis sur sept CD, un DVD documentaire et un livre relié comprenant plusieurs interviews de Bobby, des notes discographiques, différents essais et une grande variété de photos, dont certaines n’avaient jamais été publiées auparavant.

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Le répertoire couvre l’ensemble de la carrière du chanteur-songwriter, notamment ses premiers enregistrements chez Chess et Imperial, son album éponyme avec The Band – chef d’œuvre absolu – paru en 1972 chez Bearsville, ″The Bearsville Studio Sessions″ (outtakes du précédent, avec Dr. John, Ben Keith ou David Sanborn; 1974), ″Clean Water″ (l’album du grand retour, après plus d’une décennie d’isolement acrimonieux; 1987), ″Wish You Were Here Right Now″ (1994), ″Secrets Of The Heart″ (1998), ″Last Train To Memphis″ (2004), ″Homemade Songs″ (2008) et ″Timeless″ (2010). Le DVD contient le long métrage réalisé en 2024 par David Dubos, ″In A Good Place Now″.

Ses chansons ont beau avoir été reprises par à peu près tout le monde (Bill Haley, Elvis, Fats Domino, Joe Cocker, Emmylou Harris, Ray Charles, Delbert Mc Clinton…) et la musique publiée sous son nom conservé toute sa fraîcheur et sa puissance évocatrice, on sait peu de choses sur cet homme d’une timidité extrême qui passa sa vie à fuir les médias, le succès et même sa propre carrière. Rarement le qualificatif « légendaire », pourtant galvaudé, aura paru aussi adapté…

La sortie de ce coffret-livre, disponible uniquement en format physique, constitue donc un petit événement, d’autant que sa conception a été réalisée avec un soin maniaque par Malcolm Mills, fan de longue date et patron du label, qui détaille ci-dessous la genèse du projet.  

« En décembre 2025, j’avais déjà eu l’occasion de rééditer l’album de Bobby, ″Last Train To Memphis″. Mais depuis bien longtemps, je nourrissais le désir de concevoir un ouvrage qui constituerait un hommage définitif à ce Louisianais discret et profondément attachant.

Après avoir réalisé ″The Paul Brady Archive″ et ″The Fabulous Thunderbirds (The Jimmie Vaughan Years)″ sous la forme de livres-coffrets multi-disques, il m’est apparu évident qu’un format similaire serait idéal pour Bobby Charles.

Ce type de projet me demande toujours beaucoup de temps. Mais pourquoi brusquer un travail dont le processus même procure autant de plaisir ? C’est merveilleux d’assister à sa naissance sans avoir à intervenir dans l’urgence.

Une fois lancée la réédition de ″Last Train To Memphis″, j’ai parlé à Charles Sonnier de mon projet d’un coffret Bobby Charles. Ami de Bobby depuis leurs années d’école à Abbeville, en Louisiane, Charles fut également son avocat et devint l’exécuteur testamentaire du Bobby Charles Trust LLC. Plusieurs années après la disparition de son ami, il supervisa, en tant que producteur exécutif, la réalisation par David Dubos du documentaire ″In A Good Place Now″, et il souhaitait vivement que je participe à la valorisation de son patrimoine enregistré.

Nous étions tous deux convaincus que ce projet serait l’occasion rêvée de rassembler les enregistrements de Bobby auteur-compositeur à travers les trois grandes périodes de sa carrière.

La première est entièrement couverte par le premier CD. Later alligator et On bended knee furent enregistrés avec son propre groupe dans le studio originel J&M de Cosimo Matassa, sur North Rampart Street à La Nouvelle-Orléans. Sur ces deux titres, Bobby était entouré de Larry Guidry (guitare), Edwin LeBlanc (piano), Harry Simoneaux (saxophone ténor), Raoul Prado (saxophone ténor), Carlo Marino (saxophone ténor) et Kenneth Theriot (batterie).

Après un voyage chez Chess Records à Chicago, Leonard Chess fit clairement comprendre à Bobby qu’il souhaitait le signer, lui et lui seul, pas l’ensemble du groupe. Les deux titres suivants, Don’t you know i love you et Why did you leave me, furent donc enregistrés avec des musiciens de studio dans les locaux du label. Puis il retourna à La Nouvelle-Orléans, au nouveau studio de Cosimo, situé au 523 Governor Nicholls Street, pour l’enregistrement de Take it easy greasy, No use knocking, Laura lee et d’autres morceaux, avec une équipe de redoutables musiciens de session habitués à accompagner Fats Domino et les autres géants de la scène locale : Edgar Blanchard (guitare), Frank Fields (basse), Edward Frank (piano), Lee Allen (saxophone ténor), Alvin « Red » Tyler (saxophone baryton) et Charles « Hungry » Williams (batterie).

Après le succès de See you later alligator en 1955, Chess Records tenta de transformer le jeune Bobby Charles, jusque-là reconnu comme auteur-compositeur, en artiste interprète. Le label l’envoya sur les routes aux côtés d’autres musiciens de leur écurie. Bobby était alors le seul artiste blanc du groupe, et les tournées dans certaines régions des États-Unis entraînèrent inévitablement des difficultés. Non pas entre musiciens, mais parce que l’on se trouvait dans l’Amérique d’avant les droits civiques.

Lorsque Walking to new orleans, écrite par Bobby et interprétée par Fats Domino, grimpa dans les classements, Bobby signa chez Imperial Records en tant qu’artiste et auteur-compositeur. Durant cette période où il fut lié à Chess, Imperial, Jewel et divers labels indépendants, les maisons de disques tentèrent en vain de l’imposer comme interprète. Cela signifiait enregistrer des chansons écrites par d’autres dans l’espoir de décrocher un succès. Bobby n’a jamais caché le dégoût que lui inspirait cette époque. Elle se solda par son retrait des scènes et marqua la fin de cette première phase de sa carrière.

Après avoir quitté pour la première fois le monde de la musique, il réapparut quelques années plus tard à Woodstock, au début des années 1970. Ce refuge bohème comptait Bob Dylan et The Band parmi ses résidents les plus illustres. Sa proximité avec ces prestigieux voisins et plusieurs autres figures majeures de la scène locale conduisit à l’enregistrement de son album éponyme pour le label Bearsville Records d’Albert Grossman.

Parmi les musiciens présents figurent notamment Amos Garrett, Ben Keith, David Sanborn, Jim Colegrove, John Simon, Levon Helm, Dr. John, Richard Manuel, Rick Danko et N.D. Smart II. Un orchestre de tout premier ordre. L’album est devenu, à juste titre, un classique mythique. Pourtant, faute de promotion et de concerts, il ne se vendit pas. Bobby se brouilla alors avec Grossman, déclarant que, s’il devait mourir de faim, il préférait le faire chez lui, en Louisiane. Écœuré une fois de plus par l’industrie musicale, il mit une seconde fois sa carrière en pause.

De retour à Abbeville, il vécut en quasi-reclus et laissa s’écouler de nombreuses années avant de recommencer à enregistrer. Il trouva finalement au Dockside Studios de Maurice, en Louisiane, un lieu qui lui convenait. Il aimait particulièrement programmer ses séances lors des nuits de pleine lune. Sonny Landreth faisait partie de son nouveau cercle de musiciens, essentiellement locaux.

À partir de ce moment-là et jusqu’à sa disparition, Bobby publia tous ses enregistrements sur son propre label, Rice ’n’ Gravy Records, en s’appuyant sur un noyau fidèle de collaborateurs, parmi lesquels on retrouvait notamment Sonny Landreth, Fats Domino, Dr. John, Willie Nelson et même Neil Young.

Je tiens à souligner ici que ce coffret n’aurait jamais vu le jour sans le travail effectué par Holger Petersen. Dans les années 1990, il publia plusieurs albums de Bobby sur Rice ’n’ Gravy, accompagnés des remarquables notes de pochette de Colin Escott. Celui-ci a eu la gentillesse d’actualiser ses textes pour cette édition. Je souhaite également saluer Trevor Cajiao et son excellent magazine Now Dig This : il m’a autorisé à reproduire dans le livre deux entretiens de Bobby. Sans le travail de documentation accompli par ces passionnés, de nombreux vides subsisteraient dans cet ouvrage et bien des questions resteraient sans réponse.

L’histoire de Bobby Charles est donc racontée ici à travers une série d’entretiens réalisés au fil des années et retranscrits pour cette édition. Le lecteur y trouvera ce qui constitue sans doute le témoignage le plus complet et le plus intime sur sa vie. Associés à une riche collection de photographies et de documents, ces récits offrent un écrin idéal à sa musique.

Et quelle musique.

Il est difficile de croire qu’il savait à peine jouer d’un instrument. Bobby Charles figure incontestablement parmi les pionniers de ce que l’on appelle aujourd’hui la swamp pop, sans même évoquer son apport fondamental au rock ’n’ roll. Et puis il y a ces chansons comme Small town talk, The jealous kind, Walking to new orleans, et tant d’autres.

Il est grand temps que le monde découvre pleinement l’histoire de Bobby Charles. Tout est ici. »

Bande annonce du documentaire ″In A Good Place Now″

He’s got all the whiskey (″Bobby Charles″, 1972)