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Chroniques / 03.11.2026

Roy Buchanan, Live In Japan

Note : ★★★★★ Le Pied !

Genre : blues

Label: BGO

″Le meilleur guitariste inconnu du monde″. Près de trois décennies après sa disparition tragique et prématurée, l’héritage de Roy Buchanan demeure fidèle à la légende qu’il s’était acharné à (dé)construire de son vivant. Une vie en noir et blues marquée par une succession de rendez-vous manqués, de déveine chronique et de démons qui finiront par causer sa perte, mais aussi par un talent exceptionnel, une expressivité hors norme et quelques disques incontournables que ses fans (Jeff Beck, Danny Gatton, Robben Ford…) n’auront de cesse d’user jusqu’à la corde. Dans ce recueil capté à Tokyo les 14 et 15 juin 1977, que d’aucuns, dont nous faisons partie, considèrent comme son plus abouti, le guitariste américain exsude une sensibilité intense, presque douloureuse. Sa Telecaster hurle, gémit et soupire ; elle suinte un mal-être, une colère, une souffrance qui, par endroits, l’élève au niveau d’un Charlie Parker – les faces Dial de juillet 46 – ou du Jimi Hendrix des derniers mois. En errance, au bord de la rupture.

Roy Buchanan, c’est d’abord un son (dur, métallique, sifflant comme un crotale), magnifié par un sens des nuances incomparable (son jeu main droite, qui alterne violence extrême et douceur infinie, rafales staccato, fusées d’harmoniques et effets violons) et une charge émotionnelle servie sans filtre (bends à l’élasticité démesurée, rythmiques nerveuses en note à note, riffées ou en accords). Si ce live convainc autant, c’est qu’il permet d’écouter le maestro en milieu naturel, sans le côté parfois trop propre des productions studio. D’autant que le trio qui l’épaule – celui-là même qui officie sur ″Loading Zone″ (1977) et ″You’re Not Alone″ (1978) – lui convient à merveille : Byrd Foster au chant et à la batterie, John Harrison à la basse et Malcolm Lukens à l’orgue.

A commencer par sa sublime pochette iconique, il faudrait tout citer de ce disque maudit (pour d’obscures raisons contractuelles, il ne fut publié hors du Japon qu’à titre posthume…) qui frappe par la diversité de son répertoire : blues lent, ballade chaloupée néo-orléanaise, rock’n’roll 50’s, soul-jazz… Mentionnons tout de même la reprise fiévreuse d’Hey joe, prise en tempo lent pour se conclure par une explosive citation de Foxy lady, les double-stops saignants de Slow down (emprunté à Larry Williams) ou les presque huit minutes de Blues otani, démonstration éclatante des tensions ressenties ″Quand Une Guitare Joue Le Blues″. On conseillera aux néophytes (on les envie) de se ruer sur cette édition impeccable (à date, ce concert n’est même pas disponible sur les plateformes digitales…), tout en rappelant aux complétistes qu’une version semi-officielle proposait en 2014 une vision étendue, en 2CD et 15 titres supplémentaires, de ces deux soirées magiques (″Live In Japan 1977 Original Masters″).

Ulrick Parfum

Date de sortie: 18 septembre 2026