;
Chroniques / 04.11.2026

Gladys Knight & The Pips, Everybody Needs Love / Feelin’ Bluesy / Silk N’Soul / Nitty Gritty

Note : ★★★★★

Genre : soul

Label : BGO

On ne remerciera jamais assez les patrons du label BGO qui, malgré une conjoncture peu favorable aux supports physiques, continuent de rééditer avec régularité, exigence (remastering impeccable, notes de pochettes informatives, fourreau cartonné…) et pour un prix somme toute modeste (on n’ose citer le prix des éditions originales en vinyle ″mint″) les pépites oubliées des années 60 et 70. Leur dernier fait d’armes est d’avoir regroupé sur 2 CD richement garnis (48 titres) les quatre premiers albums de Gladys Knight & The Pips pour Motown.

Lorsqu’il intègre l’écurie de Berry Gordy, le groupe d’Atlanta, dont les débuts remontent à 1952, fait déjà figure de vétéran. La compétition féroce exercée par les autres stars du label (les meilleures compositions étant généralement réservées à Diana Ross, Marvin Gaye ou aux Temptations) a parfois relégué au second plan une Gladys qui volait pourtant à la même altitude qu’Aretha (l’autorité naturelle, l’ancrage gospel), Dionne Warwick (l’élégance du phrasé) ou Candi Staton (la profondeur affective).

″Everybody Needs Love″ (1967), typique du style Motown mid-60’s, déborde de douceurs acidulées, portées par le single éponyme(ah, cette intro ponctuée de claquements de doigts, où le chant de Gladys se déploie dans un délice de vibrato et de raucité maîtrisée !) et I heard through the grapevine (2,5 millions d’exemplaires vendus !). ″Feelin’ Bluesy″ (1968) laisse éclater toute la verve d’une chanteuse qui excelle dans la soul sudiste et les inflexions bluesy. The end of our road, The boy from crosstown ou That’s the way love is n’ont rien à envier aux chefs-d’œuvre gravés à la même époque chez Stax ou Fame. Paru la même année (on ne chômait pas chez Motown…), album de transition uniquement composé de covers à la production somptueuse, ″Silk N’Soul″ se maintient à un niveau très élevé (qui pourrait résister à la relecture bouleversante de The look of love ou à l’interprétation complètement réinventée de I wish it would rain ?). Produit par Norman Whitfield, ″Nitty Gritty″ (1969) voit le groupe suivre une direction plus funky et psychédélique. Gladys est parfaitement à son aise dans cet environnement, injectant une ferveur, une urgence et une puissance qui lui permettent de s’approprier avec maestria des titres comme Cloud Nine, I know (I’m losing you) (qui n’ont rien à envier aux enregistrements originaux des Temptations – rappelons que les Pips sont constitués de trois voix masculines), The nitty gritty (une reprise de Shirley Ellis, transfigurée ici en brûlot funk) et de continuer à faire fondre les cœurs (All i could do was cry).

Ulrick Parfum

Date de sortie: 18 septembre 2026