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Chroniques / 08.07.2026

Clifton Chenier, King Of Louisiana Blues & Zydeco

Note : ★★★★★

Genre : zydeco, blues

Label : Smithsonian Folkways((4 CDs / 6 LPs,+ livre de 160p)

Comment léguer et faire vivre avec intelligence un fonds musical racinien aussi riche que celui constitué par Chris Strachwitz- Arhoolie (1931-2023) sinon en l’érigeant d’abord en fondation sous la direction d’un producteur-directeur exécutif compétent, Adam Machado, elle-même intégrée au célèbre Smithsonian-Folkways Recordings de Washington DC avec des références déposées auprès de la Bibliothèque du Congrès ? Nous leur devions déjà le livre-coffret (4CDs) « Hear Me Howling » (Arhoolie 518/2010), une palette de talents folks et « Down Home Music » (Chronicle Books/2023), ouvrage généraliste consacré aux musiques chères au cœur du fondateur, 300 pages de photos et anecdotes narrées par l’auteur.

Ici, ils frappent un coup magistral avec la star du label, Clifton Chenier (1925-1989), surnommé à juste titre « Le Roi du Blues & du Zydeco en Louisiane ». Ce boxset nous restitue en synthèse les années les plus créatives et abouties enregistrées majoritairement pour le label de la Baie de San Francisco, inédits (souvent live) compris. A juste titre, le concepteur du projet le replace d’abord dans son environnement social et culturel qui en a favorisé l’éclosion ou comment il réussit à imposer un instrument, l’accordéon, hors des champs, dans tous les sens du terme, de nos perceptions académiques de la musique populaire. Adepte du chromatique-piano, Chenier comprit qu’il devait s’approprier un répertoire R&B inspiré des hits de juke boxes (Louis Jordan, Guitar Slim, Fats Domino…), parfois réinterprétés en patois, s’il voulait animer les longues nuits dansantes et bien arrosées des « fais dodos » afin d’imposer sa ruralité afro-américaine hors des thèmes cajuns traditionnels, même s’il devait se produire pratiquement en solo, avec un simple batteur et ou un « frottoir » bientôt tenu par son frère Cleveland.

C’est cette forme d’authenticité qui séduit Strachwitz, guidé en cela par Lightnin’ Hopkins dans les bouges de Houston. Quelle ne fut pas sa déception quand décidé à l’enregistrer, Chenier se présenta au studio Goldstar avec tout son groupe et déterminé à chanter en anglais. Heureusement (?), les amplis d’occasion achetés dans des surplus militaires surchauffèrent et s’auto-détruisirent dans une odeur de condensateurs brûlés. Quelques palabres conduisirent à un modus vivendi : pour ce premier album, la moitié des titres choisis serait chantée en créole. Ce début chaotique se retrouve dans l’excellent livre graphiquement attractif, bien structuré en chapitres chronologiques, avec discos adjacentes et annotations diverses, tournées américaines d’abord programmées en fonction de ces communautés exilées de l’intérieur (Texas, Oklahoma, Californie du sud puis plus au nord dans le district de Richmond à San Francisco…), pour viser enfin l’international et des lieux plus prestigieux. C’est ainsi que je le découvris en live à Bruxelles lors de sa participation frustrante à l’American Folk Blues de 1969 , ce qui me servit de sésame en 1972 au Blue Angel de Lafayette, Louisiane.

L’ouvrage est introduit par CJ Chenier, un des enfants issus d’une relation extra-maritale, comme pour beaucoup de bluesmen, qui de jeune saxophoniste soul funky jazz remplaça papa à l’accordéon au fur et à mesure de son déclin diabétique. Le « Red Hot Louisiana Band » est en de très bonnes mains. Ecouter les disques tout en feuilletant le bouquin m’ont replongé dans des souvenirs encore bien vivaces.

André Hobus

Sortie : 14 novembre 2025

Note : à écouter en lisant l’article consacré à Clifton dans le numéro 259 de Soul Bag au format papier, paru en juin 2025.