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Chroniques / 08.07.2025

Wichita Blues – Music In The African American Community

L’auteur, diplômé assistant à l’Université d’État de Wichita, Kansas, département d’anthropologie, a passé 25 ans de sa vie sur le terrain pour démontrer en 267 pages qu’il n’existe pas un blues spécifique ni même un sound reconnaissable associé à cette ville du Midwest. Quel est alors l’intérêt de son étude ? De combler un vide territorial et artistique : l’absence d’un style propre comme ceux de Chicago ou de La Nouvelle-Orléans ne signifie pas absence de praticiens. Donc, de facto, qui sont-ils ? En bon scientifique et guitariste actif, il a structuré son travail en étudiant d’abord les origines des immigrants, principalement les Afro-Américains, qui s’y étaient installés depuis la création des États conjoints Kansas-Nebraska en 1854, leurs apports culturels et leurs fonctions respectives (31 pages).

Ensuite, il a divisé son livre en huit chapitres chronologiques, interviewant méthodiquement dix-neuf “bluesmen” pratiquement inconnus ou ayant très peu enregistré mais actifs dans des clubs aujourd’hui disparus. Ils y interprétaient un mélange de blues urbain, swing, soul et beaucoup de country & western entendu sur les radios locales afin de plaire à leur clientèle, ce qui justifie le sous-titre de son ouvrage.

Ce corpus est complété par une analyse critique, un appendice de jazzmen d’avant-guerre s’étant produits à Wichita, des notes complémentaires, une bibliographie et un index, le tout écrit dans un style clair et didactique accessible (bonne connaissance de l’anglais souhaitée) qui évite les travers académiques des thèses universitaires. Allez, une critique : le manque de cartes géographiques. Tout lecteur n’est pas nécessairement familier avec l’axe Wichita-Topeka-Kansas City. Maintenant je sais ce qu’est le mouvement des Exodusters ; et vous ? Très recommandé.

André Hobus

• Wichita Blues – Music In The African American Community
Par Patrick Joseph O’Connor. University Press of Mississippi, 267 pages, anglais.