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Live reports / 07.04.2025

Durand Jones & The Indications, Théâtre Zingaro, Aubervilliers, 2025

27 mars 2025.

De passage en Europe pour assurer la première partie de Lenny Kravitz sur certaines de ses dates – pas à Paris –, Durand Jones et ses camarades profitent d’une journée de pause dans la tournée pour offrir au public parisien une prestation complète, la première du groupe en France depuis presque trois ans.

Le lieu, inattendu, est à la hauteur de l’évènement – et Aaron Frazier ne cachera pas son admiration pour l’endroit, disant qu’il n’avait jamais joué dans une telle salle : il s’agit du Théâtre Zingaro, qui accueille habituellement les spectacles équestres de la troupe de Bartabas et s’est très récemment ouvert aux concerts. J’étais un peu inquiet a priori sur la qualité sonore du lieu, mais le résultat est très convaincant et permet une mise en scène spectaculaire, avec le groupe installé au centre de la piste et le public assis tout autour dans les gradins. 

Pas de cuivres ou de choristes cette fois-ci : c’est en quintet que se présente le groupe, avec les fondateurs Durand Jones, Aaron Frazer et Blake Rhein accompagnés de Steve Okonski aux claviers et Matthew Romy à la basse. Les expériences en solo de Jones et de Frazier ont laissé des traces. La timidité qui marquait les prestations de Durand Jones en frontman réticent est oubliée, et Jones laisse libre cours à l’exubérance qu’il avait affichée lors de ses prestations en vedette, se lançant volontiers dans des pas de danse sous influence James Brown, jusqu’aux chutes à genoux, tandis qu’Aaron Frazier semble avoir renoncé à son statut d’“arme secrète” du groupe pour assumer pleinement son rôle de second chanteur principal, partageant même les interventions parlées avec son collègue. 

Aaron Frazer, Durand Jones, Matthew Romy
Aaron Frazer
Steve Okonski

Bien que le groupe ait annoncé un nouveau disque pour l’été et déjà diffusé un single, Been so long, le répertoire repose essentiellement sur leur album de 2022, “American Love Call”, et c’est sur un titre de celui-ci, Circles que s’ouvre le show, qui revisite ensuite les principaux tubes et classiques du groupe, de How can I be sure à l’irrésistible Cruisin’ to the park, mais pas, malgré les demandes de fans, Morning in America, ce qui n’empêche pas Aaron Frazier de faire référence à la situation politique du moment en appelant à lutter contre le fascisme « aux États-Unis et ailleurs ». Les arrangements resserrés en l’absence de musiciens additionnels contribuent à mettre en valeur aussi bien la puissance vocale des deux chanteurs principaux que la qualité de l’écriture, avec des chansons qui ont l’évidence de classiques, comme The way I do ou Is it any wonder.

Le public, visiblement très familier des chansons du groupe – y compris une jeune Louise, qui doit avoir 5 ou 6 ans et passe la meilleure soirée de sa vie –, lui réserve un triomphe : chaque acrobatie vocale d’un Jones très en voix est acclamée, et l’heure et demie du show passe à toute vitesse. Au rappel, Jones invite le public, debout depuis longtemps dans les gradins, à rejoindre le groupe sur la piste centrale et c’est dans une ambiance déchaînée, avec Jones au milieu de la foule, que se termine le show, sur un Witchoo à rallonge. Au vu de la qualité exceptionnelle du concert de ce soir, la suite des aventures de Durand Jones & The Indications, avec la sortie fin juin de “Flowers”, méritera évidemment l’attention.

Texte : Frédéric Adrian
Photos © Frédéric Ragot