Live reports

05/09/2018

© Frédéric Ragot

Janelle Monáe

Jazz à la Villette, Paris 19e

Il n’y a pas qu’en studio que Janelle Monáe a changé de braquet. Après le film et l’album, voici “Dirty Computer”, le show. L’unique date française de sa longue tournée avait pour cadre le festival Jazz à la Villette et c’est une Grande Halle sold out qui l’attendait. Autre ampleur, donc, qu’un modeste Alhambra en 2013. Et place à un set ultrarodé qui se déploie telle une tornade.   

 

 

Formant une solide ligne arrière, son groupe maintient une pression constante. Tout à gauche, un batteur envoie du lourd ; tout à droite, le fidèle Kellindo Parker, toujours planqué sous ses mèches, fait retentir une guitare bien nerveuse. Entre eux, trois femmes survoltées. Les deux aux claviers peuvent dégainer trompette et trombone (voire une guitare) et passer à l'avant-poste. La troisième, Téja Veal, imprime juste ce qu'il faut sur ses quatre cordes fluo pour s'imposer en gardienne d’un groove multiface. 

 

 

 

 

 

Escortée par quatre danseuse électriques, Monáe s’empare d'emblée d’un imposant podium blanc, pièce maîtresse d’une scénographie percutante, bien servie par des costumes de première classe, typiques de la chef de file d'Atlanta. D'ailleurs, le premier changement de tenue résume bien l'impact de la Monáe’s touch : debout sur le devant de la scène, assistée de ses danseuses dont l'une tient un imposant miroir doré, la patronne tombe la veste et le couvre-chef... et en remet d'autres, plus élaborés. Entre-temps un trône a poussé au sommet du podium : bientôt Monáe redescend les marches avec sa garde rapprochée et assène un Django Jane monumental. Ou quand surenchère rime avec classe. 

 

 

 

 

On en oublierait presque les titres qui avaient pourtant bel et bien lancé le feu d'artifice, soit l'album “Dirty Computer” pris par le menu : l'intro éponyme qui plante le décor (avec nuages de fumée et apparition furtive d’un brancard qui font le lien avec la thématique développée dans l'extrait de film projeté en toile de fond), l'hymne Crazy, classic, life, le provocateur Take a byte, le doigt d'honneur jouissif Screwed (pour lequel Monáe plaque des accords sur une Fender Jaguar). Déroulé impeccable, gestuelle élaborée et chant affûté en conséquence. C'est-à-dire investi et théâtral (rap compris), en parfait accord avec ses compos plus exubérantes, plus efficaces que jamais. La nouvelle Janelle Monáe n'avance plus retranchée derrière son double androïde. Sans abandonner les traits de science-fiction qui forment le socle du monde qu’elle s’est bâti, elle en a allégé le concept et ainsi allongé la portée. Désormais, elle parle clairement de sexe en dézinguant les clichés, affichant fièrement un décloisonnement salvateur. Il n'y avait pas qu'un seul drapeau arc-en-ciel dans la salle. Monáe, nouvelle icône LGBT ? Les amateurs d’étiquettes pourront bien lui en coller une de plus, la dame en noir-blanc-rouge a le chic pour se hisser au-dessus des petites boîtes. Elle le rappelle ce soir à plusieurs reprises, son combat artistique cible l'abus de pouvoir sous toutes ses formes.

 

 

 

 

Bon choix pour succéder à la déflagration de Django Jane : revenir sur l’album “Electric Lady” en passant par le funky Q.U.E.E.N. et cette chanson-titre dont la pulsation lorgne la go-go music de Washington DC. Le slow Primetime a aussi droit de cité mais ce sont deux nouveautés qui mettent le mieux en lumière sa faculté de donner le change quand la tempête se calme : l'exquis I like that et un Don't judge me qu'elle chante assise en compagnie d'une bouteille de vin. L'apaisement étant une denrée rare du Monáe Show, la fiesta reprend vite le dessus pour battre son plein en trois temps. D'abord, Pynk, pétillante tranche de R&B-pop, d'autant plus savoureuse que l'accessoire phare du clip est de sortie, l’imposant et plutôt fleuri pantalon-vulve (si, si). Ensuite, le très princier Make me feel, introduit en faisant tourner en boucle son gimmick connecté aux '80s pendant qu'une Monáe en clair-obscur laisse libre court à des mouvements qui renvoient à un certain Michael et aussi, en toute logique, à James Brown dont elle se rapproche clairement via une débauche d'énergie contagieuse et un sens aigu de la dramaturgie. I got the juice ne dira pas le contraire. Monáe invite quelques personnes du public à monter sur scène et les incite une à une à se lâcher à travers la danse. Émotion forte, joie irradiante. La regrettée Sharon Jones devait regarder ça le sourire aux lèvres.  

 

 

 

En fin de programme, les anciens chevaux de bataille que sont Cold war et Tightrope pâtiront hélas d'un excès de vitesse, soulignant par là-même le léger manque de souplesse d'un spectacle et d'un orchestre qui feront sans doute fuir les allergiques aux “shows à l'américaine”. Et Americans de conclure l'affaire comme dans “Dirty Computer”, sur un groove punky pop bien moins lisse qu’en apparence. Sous le vernis, une artiste totale qui marque son époque. 

Nicolas Teurnier
Photos © Frédéric Ragot

 

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