Live reports

22/04/2016

JJ Thames, F. Bessouat, A. Escalier, F. Joussot © Christophe Mourot

Bain de Blues

Bain de Bretagne (35)

Le festival Bain de Blues fête son dixième anniversaire avec une programmation solide, modifiée en dernière minute pour pallier la défection de Big James, malade et retenu aux États-Unis, remplacé par la chanteuse J.J. Thames.

C’est le trio Ella Foy qui a le redoutable honneur de démarrer le festival sur la petite scène le vendredi soir. Ella est une chanteuse sensible, une compositrice qui ne l’est pas moins, et livre une musique faite de blues, jazz, folk, qu’elle soutient de sa guitare, aidée par la contrebasse de Romain Deruette et des percussions et de l’harmonica de Bruno Tredjeu. Leur talent et leur implication sont tels que le public est rapidement pris et les retrouvera avec plaisir à chaque interlude.

 


Ella Foy

 

Sur la grande scène, l’ouverture est faite par The Swinging Dice, jeune et dynamique groupe de rocking R&B, formé de Pierre Matifat (p, vo), Fabien Lippens (g), Matthieu Duretz (b) et Dann-Charles Deneux (dm). Enthousiastes, solides, peut-être un peu contractés, ils jouent une musique joyeuse, faite pour la danse, mais les spectateurs devront être au point physiquement car les rythmes sont rapides. Cette vitesse se fait un peu au détriment de la souplesse mais le talent est là, ils ont des lettres (Jimmy Nolen, Ella Mae Morse, Johnny Otis, Chuck Berry), ils composent, et ils ont la vie devant eux. On les reverra avec plaisir.

Le trio Crazy Hambones a plus de bouteille. Henry Heggen (vo, hca, américain), Brian Barnett (g, anglais), Micha Maass (dm, allemand) mettent le public dans leur poche en moins de deux. Leur downhome blues en trio est efficace, très bien joué et leur évidente joie de le faire ensemble emporte le tout. Henry Heggen chante bien, son harmo est dans le ton, pas suffisamment mis en valeur cependant par le petit ampli Vox, certes mignon, mais pas assez puissant. Brian Barnett est sobre à la guitare et ça ne l’empêche pas d’être efficace et juste. Micha Maass est un batteur très agréable à écouter, et à regarder tellement il vit sa musique. Le tout donne un beau mélange de blues, boogie, swamp, avec de belles reprises travaillées de Walter Horton ou Slim Harpo et des harmonies vocales sympathiques. Ce sera difficile de les laisser partir.

 


The Swinging Dice

 


Crazy Hambones

 

L’ampli de John Clifton est d’une autre dimension, et son harmonica aura bien plus de présence, au moins autant que son physique imposant. Chanteur bien placé, homme de scène, il est peu connu en Europe mais mérite de l’être plus. Cela lui permettra peut-être de venir avec son orchestre régulier, sans doute meilleur que les musiciens présents avec lui ici. Ils sont bons mais un peu hors du coup blues. John Clifton lui-même est-il dedans ? Pourquoi convie-t-il un deuxième harmoniciste sur scène ? On en retire une impression étrange, et de la frustration aussi car quand il prend le micro Bullet et qu’il envoie du son, c’est superbe. Il a une capacité rare à jouer vite tout en restant élégant et très blues qui donne envie de le voir quand il est impliqué de bout en bout.

C’est le groupe funk nantais Fonky Nyko qui clôt cette première soirée. Gros son, puissance vocale et instrumentale, avec notamment l’hélicon de Franck Bougier, leur univers est moderne, dur, fait de funk, rock, reggae, le leader Nyko menant le groupe avec son chant habité et rythmant le tout de ses guitares, presque plus puissant en acoustique qu’en électrique. On en ressort essoré.

 


John Clifton

 


Fonky Nyko

 

Le samedi après-midi, deux groupes sont proposés gratuitement et en plein air. Une heureuse initiative que la météo fraîche et maussade ne soutient guère. Full Tags pratique une soul nuancée et élégante, bien défendue par sa chanteuse, et épicée de vibrations latino. Solidement ancré dans la tradition du blues, Thierry Anquetil en trio avait auparavant confirmé avec panache un savoir-faire et une érudition jamais pris en défaut, comme sur Honey hush, son cheval de bataille emprunté à Albert Collins, ou sa très belle version de Texas flood (SRV via Larry Davis) où le chant et la guitare rivalisent de finesse.

La soirée est lancée sur la petite scène avec Nash & The Delaware. Franck Nash (vo, g), Nico Heartblues (vo, hca), Sébastien Delcroix (dm) et Victor Lourenço Cardoso (b) jouent un solide rock très bluesy qui chauffe rapidement le public et le maintiendra en température à chaque interlude.

Vicious Steel s’empare ensuite de la grande scène. Cyril Maguy est toujours au chant et aux guitares mais il est désormais en duo avec le batteur Antoine Delavaud, Tim Coiffet étant parti vers d’autres activités. C’est le premier vrai concert de cette nouvelle formule et on sent qu’il y a des marges de progrès mais il y a déjà une vraie complicité entre les deux compères. L’identité est préservée, le répertoire néo-downhome et ses reprises choisies, Howlin’ Wolf, Bo Diddley, aussi, avec toujours ces quelques morceaux en français bienvenus, et de l’énergie de bout en bout, bien servie par les trouvailles rythmiques d’Antoine.

 


Nash & The Delaware

 


Vicious Steel

 

Fabrice Joussot à la guitare, Cédric Le Goff aux claviers, Antoine Escalier à la basse, Fabrice Bessouat à la batterie, J.J. Thames est bien accompagnée ! C’est la troisième date que ce petit monde fait ensemble et ça tourne déjà très fort. Blues, soul, funk, sont joués et chantés avec goût et puissamment. J.J. a une belle présence scénique et une voix modulable qui lui permet de réussir ses reprises dont une de I'd rather go blind, comme on en entend trop peu souvent, et ses originaux, notamment le titre phare de son dernier CD, Raw sugar, très beau blues lent. Fabrice Joussot est impeccable à la guitare, blues et soul quand il le faut, Cédric Le Goff toujours aussi propre à l’orgue et aux chœurs “Nevilliens” et la rythmique Escalier-Bessouat donne l’impression de pouvoir jouer indéfiniment. Le rappel mérité se fait avec un Further on up the road boosté. Un engagement de dernière minute qui a tout de la bonne pioche.

 


J.J. Thames

 


Cédric Le Goff

 

Est-ce qu’il n’y aura pas une certaine redondance à faire passer Sandra Hall juste après ? Non, car l’ainée des deux chanteuses de la soirée officiera dans un registre plus traditionnel, soutenue par un orchestre aussi cador que le précédent : Sam Mister Tchang à la guitare, Victor Puertas aux claviers, Fred Jouglas à la basse, Pascal Delmas à la batterie et, nouveauté, Rodolphe Tissinier au trombone et Tim Saour au saxophone. La présence des cuivres accentue la teinte R&B de l’ensemble et rend le chant de Sandra et sa présence encore plus efficaces. Elle n’oublie pas de placer ses trucs de scène, comme demander aux gens dans le public s’ils sont mariés et depuis combien de temps pour leur dire s’ils savent ce qu’aimer veut dire, ou inviter un jeune homme sur scène et le coller à elle. Mais elle y ajoutera des anecdotes qui la situent dans l’histoire et assoient sa crédibilité. Pour la reprise de Sittin’ on dock of the bay, elle raconte par exemple qu’Otis Redding a écrit une partie des paroles sur la table de la cuisine de sa grand-mère. Elle parle aussi de son rapport à la chanson Ball and chain avant d’en livrer une belle reprise. Elle reprend A change is gonna come, Breaking up somebody's home, ainsi que son propre Pump up your love. L’orchestre la suit avec justesse et tendresse, Sam Mister Tchang montre encore une fois qu’il sait tout jouer, il est juste un peu trop en retenue, et Victor Puertas a du blues plein les doigts au piano. Le final se fait avec Let the good times roll et le rappel avec Proud Mary et Sandra entourée des gens qu’elle a fait monter sur scène pour danser.

 


Victor Puertas et Sandra Hall

 


Mister Tchang, Pascal Delmas, Sandra Hall

 


Henri Herbert

 

On peut avoir du mal à accrocher ensuite au piano débridé du Henri Herbert Trio. Peu de blues, il faudra attendre le deuxième rappel et Going down slow pour en avoir, finalement peu de boogie, mais beaucoup d’énergie, appliquée à jouer vite et fort, la rythmique basse-batterie couvrant un peu le piano et la voix du leader. Ça reste entraînant et adapté pour clore le festival et rester éveillé avant de prendre la route du retour.

Texte et photos : Christophe Mourot

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