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Live reports / 01.05.2024

Sophye Soliveau, La Boule Noire, Paris

26 avril 2024.

La salle parisienne de la Boule Noire accueillait le concert de sortie d’album de Sophye Soliveau, chanteuse, harpiste et cheffe de chœur pas encore trentenaire. Le meilleur concert auquel on a assisté cette année à ce jour.

Si Sophye n’a livré avec “Initiation”, paru le 22 mars 2024, que 30 minutes de musique – mais quelles 30 minutes de toute beauté ! – c’est un spectacle construit sur plus d’une heure et demie qu’elle nous a proposé, et qui nous permet d’affirmer que la jeune artiste est déjà passée à l’étape d’après, à un niveau encore supérieur. Il n’était qu’à sentir la salle palpiter d’un même frisson, partager un élan vers quelque chose de plus grand. 

L’ouverture marque les esprits, augurant d’une performance travaillée dans les détails : sur une scène plongée dans le noir, la lumière cible tour à tour trois choristes (Roseanne, David, S.light.y), une bassiste (Laure Sanchez), un batteur (Florian Mensah-Assiakoley), tandis que depuis les coulisses, invisible, Sophye chante. Elle arrive au centre de la scène pour ajouter à son chant le jeu de sa harpe. « C’est important pour moi de vous présenter mes musicien(ne)s dès l’arrivée », ajoute-t-elle. Le groupe interprète Wonder Why dans une version qui gagne en groove par la présence sonore de la basse de Laure Sanchez. Après un interlude joyeux où les choristes s’improvisent comédien(nes), le groupe interprète le morceau le plus jazz de l’album, Simple pleasures.

Du fond de la salle, la scène étant insuffisamment surélevée, on n’aperçoit que la proue de la harpe de Sophye, nimbée de feux pourpre ou bleu. Les musicien(ne)s s’alignent ensuite sur scène pour faire résonner carillons ou coquillages, avant de sortir un(e) par un(e) de scène. Sophye explique que l’expérience est issue de la musicothérapie : « On a tous un carillon qui nous correspond. » En intercalant des séquences qui débordent du cadre de son album, Sophye étire le temps tout en maintenant la communion constante. Elle invite ainsi le public à monter sur scène pour danser avec elle, avant d’interpréter Breathe et le superbe Leave.

Du fond de la salle* s’élèvent alors les voix du chœur dont Sophye s’occupe par ailleurs. Se tenant une par une par la main, les choristes s’avancent en procession jusqu’à la scène… et le public comme les eaux bibliques se fend en deux à leur passage. Point d’orgue de la soirée, la puissance émotionnelle du chœur une fois réuni sur scène est saisissante. L’on entend autour de nous que l’on touche au divin.

Quelques mots sur la première partie de Sophye Soliveau, à savoir un solo de la danseuse Mulunesh. D’abord quelque peu dérangeante – puisqu’on la regarde se faire raser le crâne, hormis sa tresse centrale – la performance évolue entre krump et impro, sur une musique électro percussive : parcourue de spasmes violents, Mulunesh scrute « l’Autre ». Un Autre qui prend ici la forme d’un masque ancestral posé au sol. Mulunesh parle un langage débutant, prononce des syllabes hésitantes. C’est d’un retour aux origines qu’il semble être question, de la vision d’un Autre, de l’invention d’un langage.

De transformation, de circulation de la parole, de rituels, il aura finalement été question tout au long de la soirée.

Texte : Alice Leclercq
Photo © PANAGON

*Modifié le 2 avril 2024 : l’analogie au “fond de cale d’un navire” présente dans la première version de ce compte rendu prolongeait la métaphore d’un bateau initiée au paragraphe précédent, la harpe faisant penser à une proue. Nous regrettons que ces mots aient pu être interprétés autrement, il n’était aucunement question de rattacher la musique de Sophye Soliveau à un pan tragique de l’Histoire. Nous présentons nos excuses aux artistes qui se sont sentis offensés par ces termes mal choisis.