Live reports

04/10/2017

© Frédéric Ragot

John Legend

AccorHotels Arena, Paris 12e

Le piano à queue lévite au sein d'une fresque en noir et blanc. Seul dans cet écrin d'écrans, John Legend entonne I know better, profession de foi intimement ancrée dans le gospel. Bienvenu dans “Darkness and Light”, cet album de près d'un an d'âge, objet d'une tournée colossale qui passe par l’Europe avant de s’achever en Afrique du Sud.

 

 

 

 

Le décor s'ouvre, une machine de guerre (dix musiciens dont trois cuivres et trois choristes) embraye, les ivoires atterrissent, Legend se lève et la salle à son tour : place à Penthouse floor. Dans ce show millimétré pour grandes arènes, la star originaire de l'Ohio occupe l'avant-poste avec autorité et une certaine classe savamment distillée. Legend n'est pas une bête de scène, il laisse avant tout la chaleur de son timbre et la puissance de son coffre faire leur effet. On se souvient de lui assez froid à l'Olympia lors de sa tournée précédente, là il irradie tranquillement un Bercy certes loin d'afficher complet mais tout de même bien garni (un Zénith n'aurait pas suffi).

Bon, le choix d'inclure si tôt dans le programme Tonight (Best you ever had) et Made to love, deux titres (et tubes) un peu mous de l'album précédent, n'est peut-être pas l'idée du siècle, mais rapidement “Darkness and Light” reprend ses droits, via Love me now, single phare et modèle de chanson pop soul entêtante sur lequel Legend a bâti son aura à longue portée, et surtout les pépites nommées Darkness and light et Overload. Une des choristes endosse avec cran le rôle de Brittany Howard sur la première, mais personne ne remplace Miguel sur la seconde. Pas grave, Legend s'assoit sur un tabouret et fait honneur à la beauté sobre de cette sérénade magique.

 

 

 

Ses qualités d'auteur, c'est bien l'autre atout majeur de Legend qui en une douzaine d'années (et six albums studio) s'est bâti un copieux répertoire qu'il explore allégrement ce soir durant près de deux heures. Au grand bonheur des fans de toujours lorsqu'il sollicite ses deux premiers albums : Used to love you, Save room, le fameux Ordinary people et cette imparable Slow dance qui donne lieu à un savoureux moment de complicité avec une femme du public invitée sur scène. En mode soul classique, Legend est impérial. De quoi compenser la froideur relative qu'induit irrémédiablement ce genre de performance grand spectacle, surtout quand un ballet d'écrans amovibles coupe régulièrement le chanteur de son orchestre. Orchestre (présenté rapidement à la fin du show : rien retenu de l'avalanche de noms !) au demeurant efficace à défaut de pouvoir recréer le relief saisissant du dernier album. Notamment au niveau de la rythmique qui a bien du mal à s'extirper des sables mouvants d'un Bercy qui reste malgré tout un (grand) gymnase.

 

 

 

Plus d'une fois les écrans appuient sur la corde sensible : des images de couples envahissent la salle sur le poignant Surefire et on suit les premiers pas du premier bébé de la famille sur ce Right by you (For Luna) qui lui est dédié. Incartade inattendue liée aussi à sa fille : Legend tient à jouer le titre qu'il passait quand elle venue au monde. Superfly ! Bascule jouissive dans le funk du début des seventies, donc, et tant pis si la voix du papa ne s'accommode pas si bien des hauteurs pratiquées par Curtis Mayfield. 

Et puis John Legend n'oublie pas de laisser filtrer son engagement politique (rares sont les artistes de sa notoriété à prendre si souvent position sur les réseaux sociaux), sans discours démagogique mais via la force des notes alliées à l'image : des scènes de manifestations anciennes et actuelles, de Martin Luther King au Black Lives Matter, investissent les écrans quand résonne Wake up everybody, cette reprise d'Harold Melvin & the Blue Notes qui avait donné en 2010 son nom à l'album conçu par Legend avec les Roots. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si, après un évident All of me interprété seul au piano en communion avec la salle, le concert se termine sur le même type d'images au son de Glory, ce titre (oscarisé) réalisé pour le film Selma. De l'art de pratiquer le clair-obscur.

Nicolas Teurnier
Photos © Frédéric Ragot

 

 


© NT

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