Live reports

30/05/2017

© Fouadoulicious

Izo FitzRoy

Divan du Monde, Paris 18e

Venue défendre à Paris “Skyline”, son excellent premier album couronné du “Pied” dans notre numéro 226, c’est devant un public clairsemé (mais entièrement acquis à sa cause) et dans une atmosphère étouffante, digne d’un mois d’août, que la chanteuse londonienne Izo FitzRoy investit la scène du Divan du Monde le 30 mai dernier.

Soutenue par un orchestre hors-pair constitué de trois choristes (Silla Mosley, Anthea Henry, Clarence Hunte, tous membres de la même chorale, la Great Sea Gospel Choir), d’un guitariste armé d’une élégante demi-caisse (George Hume), d’un piano électrique (joué par Izo elle-même) et d’une efficace paire basse-batterie (Matthew Waer, Michael Cairns), ses chansons, déjà séduisantes sur disque, prennent encore de l’ampleur en live, vivifiées par la ferveur organique d’un groupe remarquable de cohésion. Leur positionnement esthétique est complètement abouti : une soul-funk moderne et lettrée qui agrège moult influences variées, des nappes rythmiques puissantes, presque hypnotiques, une mise en place impeccable, sobre et aérée et, surtout, un travail sur les voix qui laisse pantois d’admiration, dominé par le chant grave, rauque, sauvagement sensuel d’Izo Fitzroy.

 

 

 

 

Le concert débute par la chaloupée Day by day, savoureuse mise en bouche suivie de I keep you guessing. Sérieuse, appliquée, subtilement charismatique, Izo s’assoie derrière son clavier – qu’elle ne lâchera plus – et poursuit avec Hope you can wait durant laquelle Matthew Waer, incroyable sosie de Keith Richards millésime 1973 (longue silhouette longiligne – « Les plus belles jambes du show business. », dixit sa patronne ! –, visage émacié, regard fiévreux) fait des étincelles à la basse, ornant la chanson de subtils contrechants harmoniques dans les aigus. Whisper in a hurricane est dédiée à Bill Withers, « le plus grand songwriter de notre époque ». Skyline se pare de contours quasi trip-hop, impression renforcée par les effets aquatiques du guitariste George Hule. La final pris à quatre voix a cappella est une merveille ; la salle en frissonne d’émotion. L’orchestre enfonce le clou avec la bondissante Reckoning, écrite « lors d’un séjour de huit mois à La Nouvelle-Orléans ». On reste dans le funk avec Say something (« La première chanson que j’ai écrite pour le disque. Son titre initial était A man and his therapist, mais je me suis dit que ce n’était pas assez catchy… »). On reprend notre respiration avec la planante Phoenix, autre sommet du disque. Le final est une merveille : reprise classieuse de Chaka Khan (Love has fallen on me), Shadowland interprétée piano-voix puis conclusion haletante sur les rythmes chaloupés de Break the levee.

 

 

 

 

Trois titres en rappel : Yes we can emprunté à Lee Dorsey (le voyage à New Orleans a effectivement laissé des traces !), Here I come, secoué par les accords Léo-Nocentelliens du guitariste, puis Peg, tiré du répertoire de Steely Dan, orné d’élégantes arabesques jazzy.

Après une heure vingt d’une prestation brillante, chaleureuse et intimiste, Izo, ravie (ce qu’elle confirmera sur les réseaux sociaux), modeste (« En arrivant à Paris, on se demandait si quelqu’un viendrait nous voir ; nous seulement des gens sont venus et en plus ils avaient l'air d’aimer notre musique ! ″) s’attarde dans la salle pour échanger avec le public, recueillir ses impressions et signer des autographes. Un bon signe : le stand de disques est vidé en cinq minutes…

 

 

Quant à l’équipe de Soul Bag, elle ressort du Divan convaincue d’avoir assisté à l’émergence de l’un des très grands talents de la soul contemporaine. Après Hannah Williams, également originaire d’Angleterre et elle aussi détentrice d’un potentiel hors-normes (cf. le faramineux “Late Nights & Heartbreak”, sorti en début d’année), on se dit que notre époque, aussi troublée soit-elle, génère dans le même temps de délicieuses compensations…

Ulrick Parfum
Photos © Fouadoulicious

 

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