Live reports

14/04/2017

Max Genouel, Alexis Evans © Christophe Mourot

Bain de Blues

Bain de Bretagne (35)

Sur le papier, la programmation du festival Bain de Blues 2017 semble éclectique. Elle le sera effectivement sur scène, avec moins de blues en tant que tel que d’autres années mais sans perte d’émotions ni de découvertes.

Avant de se consacrer à la musique sur scène, on passe sur le stand de Jacques Corre, fabricant de guitares. Boîtes de cigares, caisses de vin ou de whiskey, bidons divers, phares de voiture, jusqu’à un pèse-personne, tout sort reconverti de ses mains. Il fabrique aussi des micros d’harmonica à partir de cannettes de soda et de combinés téléphoniques. Plus de mille enfants sont passés par ses ateliers en 2016 et il vient d’ouvrir un atelier plus grand pour accueillir des adultes.

 

 

C’est le duo breton Blue Butter Pot qui lance le festival sur la petite scène. Look rural, chant, guitare et batterie sont là pour produire un blues rock downhome puissant qui donne du rythme et chauffe le public.

Du blues rock, c’est aussi ce que font Fred Cruveiller et son Blues Band, Laurent Basso à la basse et Eric Peltznick à la batterie. Récipiendaires du prix “Bain de Blues” au tremplin des Rendez-Vous de l’Erdre 2016, ils vont montrer que ce n’était pas usurpé. Ils savent rester du côté clair de la force en soignant le son, la puissance, le dosage des solos, en communiquant mieux avec le public, et en restant très blues. Qu’ont-ils de plus que les autres groupes du même genre ? Ce qui vient d’être dit, aussi l’absence d’arrogance, et surtout un talent pour produire des riffs et des refrains accrocheurs comme sur leur composition Not again. Leur rappel avec Feels like rain est très prenant.

 


Blue Butter Pot

 


Fred Cruveiller

 

On aime l’audace de Patrick Lecacheur, directeur artistique du festival, et c’est bien de ce trait de caractère qu’il fait preuve en programmant Talmud Beach, un trio finlandais qu’il a repéré aux Transmusicales de Rennes. Les trois compères, barbus et vêtus uniformément d’un costume clair et d’une casquette verte, s’échangent le chant, qui rebondit aux trois sommets de leur triangle, et font petit à petit entrer le public dans leur univers groovy, au premier abord froid mais finalement accrocheur. Du blues, ils retiennent les riffs répétitifs qui mènent à la catharsis et un joli son dont on sent quand même qu’ils ne tirent pas tout le parti possible. On ne retrouve pas non plus l’humour de leurs clips officiels.

Le ton va monter avec Rumble2Jungle. La chanteuse Kissia San et ses complices, Eddy Leclerc à la guitare, Sébastien Richelieu à la basse et Paul Héroux à la batterie, sont au taquet et prennent le public d’assaut. Ils ont de quoi, avec un funk rock puissant, porté par leurs compositions et un son qui fait grossir à chaque fois la cohorte de leurs fans. Kissia a une voix qui retient l’attention, magnifiée par un sacré charisme. C’est à travers sa guitare qu’Eddy distille le sien, avec un son énorme mais sans héroïsme, confirmant si besoin que la simplicité est à la base de l’émotion. À la rythmique, Sébastien et Paul groovent continument et leur bonheur de jouer fait plaisir à voir. Du coup, Blue Butter Pot monte aussi le son en interscène et ça donne un plus à leur musique.

 


Talmud Beach

 


Kissia San (
Rumble2Jungle)

 

Du gros son, il va y en avoir avec Manu Lanvin & the Devil Blues. Avec Jimmi Montout à la batterie et Nicolas Bellanger à la basse, Manu envoie du lourd dès les premières notes, c’est ce que veut son public, subitement féminisé dans toutes les tranches d’âge. Voix et guitare, il se donne comme d’habitude sans retenue et Jimmi Montout ne met que deux morceaux à se retrouver torse nu, ça promet. Manu a un vaste répertoire dans lequel puiser mais il sait l’articuler autour de quelques incontournables aux refrains facilement repris par le public. On en sort rincé mais content et avec suffisamment de force pour rentrer bercé dans la voiture par Terrie Odabi.

 


Manu Lanvin

 

Le samedi 15 avril, l’interscène est assurée par le groupe caennais The Barnguys. Ce ne sont pas des inconnus puisqu’on y retrouve, entre autres, Laurent Choubrac à la guitare, Marc Mitou à la batterie, et Alexandre Lesueur, au chant et aux claviers. Leur son est puissant, maîtrisé, leurs rythmes donnent envie de prendre le volant et partir en virée.

C’est idéal pour lancer la soirée et c’est le tapis rouge pour les Pathfinders qui ouvrent la grande scène. Julien Dubois a quitté le groupe et c’est Boris, bassiste de la scène rennaise, qui le remplace pour ce concert. L’âme du groupe n’en est pas altérée, d’autant que le répertoire a été renouvelé. “Little Big” LilOu Hornecker est superbement vêtue d’une robe rouge avec sa traditionnelle fleur dans les cheveux et est en voix. À la guitare, Max Genouel est remonté comme une pendule et va encore montrer qu’il est capable de tout jouer, comme lors de ce superbe solo sur un titre au rythme néo-orléanais. À la batterie, Hugo Deviers est efficace et sobre comme on aime. Blues, rock and roll, rhythm and blues, rapide ou lent, le set est riche. Le final en boogie à la Magic Sam est emballant et donne envie que le concert continue sur ce mode. Le rappel se fait avec Can’t tear it up enuff des Fabulous Thunderbirds, époque “T-Bird Rhythm”.

 


The Barnguys

 


Max Genouel, LilOu Hornecker (Pathfinders)

 

Venu de Colombie, Carlos Elliot Jr est accompagné de deux des Cornlickers de son excellent disque “Del Otùn & El Mississippi”, Bobby Gentilo à la guitare et Dale Wise à la batterie. On retrouve bien le style de blues lancinant, mais festif, que Carlos affectionne, et qu’il veut faire partager au public. Cela prendra un peu de temps, jusqu’à ce que Carlos descende dans la foule pour l’entraîner avec lui dans un gentil pogo. Il y avait la place pour plus de puissance, notamment de la part de Bobby Gentilo dont le talent à la guitare à résonateur aurait mérité d’être mis plus en avant. À noter la participation d'Alain Michel, leur tourneur, à l’harmonica sur quelques titres.

La finlandaise Ina Forsman était attendue, sur la base de son disque chez Ruf Records, rempli de R&B cuivré. Surprise, elle se produit en format réduit, claviers, batterie et basse, et sa musique en prend une couleur jazzy. Dans ce contexte, l’influence d’Etta James sur son chant est encore plus évidente, d’autant que, comme Etta, elle en joue comme d’un instrument supplémentaire, scattant et étirant les notes à la façon d’un saxophone vocal. Elle a le registre et le charisme pour ça et le public réagit bien aux moments forts de son set, en particulier sur Talk to me, Bubbly kisses, Me & Mr. Jones repris à Amy Winehouse, le blues Queen bee d’Etta ou le Cold sweat de James Brown.

 


Carlos Elliot Jr

 


Ina Forsman

 

Autre artiste attendu, Alexis Evans qui est là avec son orchestre complet : les fidèles Olivier Perez à la basse et Eric Boréave à la batterie, Alexandre Galinié au saxophone, Maxime Lescure à la trompette et, non pas Damien Daigneau aux claviers, mais Florian Royo à la deuxième guitare. Pour les avoir déjà vus dans cette configuration au Dynamo à Nantes, on sait que ça va fonctionner. Le répertoire est centré sur le disque “Girl Bait”, entrelardé de reprises choisies, We’re gonna make it de Little Milton, You can make it if you try de Gene Allison, jusqu’à un étonnant Rocking good way de Brook Benton & Dinah Washington, montrant l’érudition et le goût d’Alexis. Le Chicago blues I wonder est pris en mode feutré avec de beaux solos de Florian à la guitare et Alexandre au saxophone, relayé encore une fois par la guitare en fin de morceau. Tout du long, Alexis est habité par son habituel mélange de tension et de retenue, les arrangements sont léchés, c’est propre. C’est exactement là que le plus apporté par Florian Royo est appréciable. Sa guitare, quand il se lâche, introduit une touche de sauvagerie qui va très bien à la musique d’Alexis et qui ne compromet en rien son approche élégante. C’est bien cette élégance qui le fait inviter Max Genouel et Hugo Deviers à jouer sur le dernier morceau, un Funky broadway très dansant. Un bonheur pour les amateurs de guitare car, avec Thibault Ripault et François Nicolleau, Alexis et Max forment le quatuor montant de l’instrument en France.

 


Alexis Evans

 


Florian Royo

 

Après deux soirées à un tel niveau, l’humeur du retour est morose, même avec Champion Jack Dupree en accompagnement sonore. Vivement l’année prochaine pour retrouver l’ambiance de ce festival.

Texte et photos : Christophe Mourot

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