Live reports

03/02/2017

© J-M Rock'n'Blues

Sax Gordon

Jazz Club du Méridien Étoile, Paris 17e

Assister à un concert de Sax Gordon, c’est avoir la certitude de passer une excellente soirée, certitude renforcée quand on sait que l’événement se tient au Méridien (un lieu dont on ne louera jamais assez la qualité de la programmation comme le confort d’écoute) et que le backing-band compte des gâchettes du calibre de Nico Duportal (guitare), Cédric Le Goff (B3 et piano électrique), Antoine Escalier (basse) et Fabrice Bessouat (batterie et initiateur de la tournée via sa société de production Soul Shot). Soudés par une série de concerts donnés un peu partout en France, les musiciens, qui se connaissent bien* et partagent le même amour du blues, du rock’n’roll et de la soul, font preuve d’une réelle complicité et d’un enthousiasme communicatif. Personne n’est là pour cachetonner ce soir, mais bien pour prendre du plaisir et surtout en donner un maximum.

 


Antoine Escalier, Sax Gordon, Nico Duportal

 

Le show démarre donc en trombe, et à la fin du premier titre, une tournerie soul-jazz gorgée d’orgue Hammond, Sax Gordon est déjà en nage. Le groupe enchaîne avec un groove funky à la Watermelon man (Somebody) puis passe en mode jump-blues avec The misfit, un titre qui permet au leader de confirmer qu’il est bien l’un des plus brillants saxophonistes contemporains : sonorité virile et grondante, embardées dans les suraigus, descente tout schuss dans les graves, jeu à une main, poses iconiques : quel sens du show ! Quelle densité ! Après cette entrée en matière sur les chapeaux de roue, l’orchestre bascule en mode jazzy via Lonely for you, reprise d’Alvin ‟Red” Tyler qui illuminait le second disque Bullseye de Gordon, “You Knock Me Out” (2000). Finesse, émotion, final en fade-out : nouvelle réussite.

 


Cédric Le Goff

 


Antoine Escalier

 

Son éternel sourire vissé aux lèvres, Gordon embraye sur Big and hot (tiré de ‟Showtime”, 2013), fait chanter les spectateurs et laisse libre cours aux chorus acérés de Nico Duportal dont il double la grille avec allégresse (« Man, It’s so nice, you gotta do it twice ! »). On monte encore la barre d’un cran avec You said she wouldn’t (But she did!), R&B décontracté qui se transforme à mi-parcours en un bop effréné, à tel point que Gordon, à bout de souffle, n’en finit pas sa grille ! L’excellent Nico Duportal prend alors le micro pour un Lost in the game qui lui permet d’exposer tout son talent : phrasé bien délié, gestion pointue de la dynamique (l’ampli Fender en crépite d’aise), sonorités acérées (il pince les cordes tout près du chevalet, pour plus d’impact), vibrato ample ; du grand art ! Le set se conclue par le classique There’s something on your mind interprété en mode instrumental à la Big Jay McNeely. Gordon descend dans le public, va séduire quelques dames, remonte sur scène (« Man, I fell in love three time »), se relance dans un chorus qui frôle la rupture d’anévrisme, ne s’arrête plus, et je crois bien que sans l’intervention de Nico Duportal, venu lui glisser à l’oreille que c’était l’heure de la pause, il aurait enquillé les trois sets d’affilée !

 


Nico Duportal

 


Sax Gordon

 

La seconde partie sera peut-être encore meilleure, avec Bala Pradal (Big Dez) en invité-surprise sur Rock on (chouettes chorus d’orgue, complété d’un encore plus chouette solo de guitare de Duportal, joué à l’index façon Jimmie Vaughan – un musicien avec lequel il entretient d’ailleurs plusieurs points communs, élégance comportementale et vestimentaire comprise). Beau moment d’émotion lorsque le groupe entonne un slow-blues instrumental en hommage à Jean-Pierre Arniac (Gordon me glissera à l’entracte qu’il avait fait sa connaissance à l’occasion de ses premiers concerts parisiens ; fidèle à lui-même, Jean-Pierre l’avait ensuite attiré chez Boogie puis invité à dîner chez lui). On reste dans l’hommage, plus festif cette fois, avec la reprise chaloupée de Don’t you just know it (Huey “Piano” Smith), durant laquelle un Cédric Le Goff en pleine forme (vocale et instrumentale) s’amuse à faire chanter la salle (oui, on aura beaucoup chanté ce soir au Méridien). Nico Duportal s’empare du micro pour deux titres, dont Polish woman, tiré de son excellent avant-dernier album (“Guitar Player”, 2015 ; notez que son dernier, “Dealing With My Blues”, est tout aussi bon). Re-grand moment, re-succès mérité. Puis c’est déjà la fin du set avec une rumba sauvage qui met en valeur Fabrice Bessouat dont la qualité du swing et la finesse du drive n’auront eu de cesse d’illuminer l’intégralité du concert.

 


Fabrice Bessouat

 


Bala Pradal

 


Sax Gordon

 

La nécessité de devoir nous lever tôt le lendemain nous contraint à déclarer forfait pour le troisième set. On quitte donc la salle avec regret car le show fut réussi d’un bout à l’autre. On y aura trouvé ce qu’on était venu y chercher : de l’émotion, de l’intensité, des sensations, de quoi taper du pied et reprendre des refrains à tue-tête. En ces temps grisâtres et anxiogènes, c’est le genre de traitement qui devrait être remboursé par la Sécu !

Ulrick Parfum
Photos © J.-M. Rock'n'Blues
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* Gordon nous expliquera avoir fait la connaissance de Nico Duportal il y a bien longtemps, dans un magasin de disques en marge du festival de Cahors. Alors qu’il farfouillait dans les bacs, le saxophoniste tombe sur le LP “Blues Is King”, live publié par B.B. King en 1967. Un inconnu mélomane – Duportal – lui indique qu’il ferait mieux d’investir dans le “Live At The Regal”. Afin de prouver à son contradicteur que “Blues Is King” est décidemment supérieur, Gordon achète le vinyle et lui offre. Toutes ces années plus tard, il se remémore l’anecdote dans un grand éclat de rire, mais une question demeure : aura-t-il réussi à faire changer d’avis son confrère guitariste ?

 


Antoine Escalier, Sax Gordon, Nico Duportal

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