Actus

25/02/2017

© Fouadoulicious

Leon Ware, 1940-2017

N’allez pas croire ce que raconte la presse généraliste : Leon Ware n’était pas « le producteur de Marvin Gaye » ou « l’auteur de I want you ». Certes, c’est à sa contribution à ce qui peut être considéré comme le meilleur album de Marvin Gaye qui n’est pas “What’s Going On” que Ware devait la plus grande part de sa notoriété, mais sa carrière ne s’y limite pas, loin de là.

Né le 16 février 1940 à Detroit, c’est d’abord en tant qu’auteur compositeur (et producteur occasionnel) qu’il s’impose, écrivant notamment pour Pat Lewis, Martha & the Vandellas, les Righteous Brothers, Johnny Nash, Kim Weston et les Jackson 5. Sa carrière décolle réellement au début des années 1970, quand il coécrit plusieurs titres de l’album “Nuff Said” d’Ike et Tina Turner, puis qu’il décroche un premier vrai tube – deuxième du classement R&B, seizième du Hot 100 – en 1972 avec I wanna be where you are, chanté par Michael Jackson. Son succès en tant qu’auteur-compositeur lui permet de sortir un premier album sous son nom, publié sur United Artists cette même année, mais c’est avec sa participation à l’album “Body Heat” de Quincy Jones et la sublime chanson If I ever lose this heaven – repris quelques temps plus tard par l’Average White Band – qu’il se fait réellement remarquer en tant qu’interprète en 1974. Ce début de carrière personnelle ne l’empêche pas de continuer à écrire pour les autres : Bobby Womack, Edwin Starr, Delaney & Bonnie, les Miracles, Gladys Knight & the Pips, Donny Hathaway, Isaac Hayes et Minnie Ripperton (Inside my love) le chantent.

 

 

Mais c’est en 1976 que sa carrière rencontre son principal tournant : alors qu’il travaille avec T-Boy Ross sur des titres destinés à figurer sur leurs albums personnels, Berry Gordy, à la recherche d’un nouveau tube pour un Marvin Gaye en panne d’inspiration, entend leurs démos et leur propose de confier leur répertoire à celui-ci. Conscient de l’opportunité qui s’offre à lui, Ware accepte la proposition sous réserve d’être également le producteur du disque. C’est du travail commun de Marvin Gaye et Leon Ware que naît l’album “I Want You”, chef d’œuvre de soul sensuelle et immense succès qui atteint le sommet du classement R&B et la quatrième place pop et dont la chanson titre, exemple typique de l’écriture de Ware, devient également un tube majeur. Cette réussite lui permet de publier un album solo dans la même veine sur Motown, “Musical Massage”, qui n’a que peu à envier – sinon le succès ! – au disque de Gaye.

 

 

 

Faute d’obtenir un réel succès en tant qu’interprète malgré une série d’albums très réussis entre la fin des années 1970 et le début des années 1990, (“Inside Is Love”, “Rockin’ You Eternally” et “Leon Ware”), Ware continue à écrire pour les autres – Teena Marie, Jeffrey Osborne, Loose Ends, James Ingram, Melissa Manchester, Bobby Womack… et même les New Kids on the Block ! Redécouvert au tournant des années 1990 par une scène soul contemporaine qui en fait une sorte de parrain, il collabore avec quelques-unes des plus brillantes figures du genre, de Maxwell à Omar en passant par Incognito. Visiblement heureux de ce statut de figure du commandeur et ayant bien géré ses affaires – il revendiquait souvent, avec humour, le fait d’être “riche” et de ne faire que ce dont il avait envie –, il continue sa carrière d’une façon un peu dilettante, publiant occasionnellement des albums sur des petits labels, même si son dernier disque personnel, “Moon Ride” est sorti en 2008 sur Stax.

 


New Morning, 4 mars 2014

 


New Morning, 4 mars 2014

 

Il fait ses débuts sur une scène française – celle du New Morning – en 2009 et y reviendra deux fois, en 2013 et 2014, accompagnés à chaque fois de musiciens anglais – ceux d’Incognito en 2013 – qui ne cachent pas leur admiration pour leur patron d’un soir. Chacune de ces prestations est l’occasion de l’entendre revisiter à sa façon, avec son style vocal très proche de celui d’un Marvin Gaye, ses classiques et les chansons qu’il écrit pour d’autres et confirme sa place au panthéon des plus grands créateurs de l’histoire des musiques populaires afro-américaines.

Frédéric Adrian
Photos © Fouadoulicious

 


New Morning, 4 mars 2014

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