Actus

03/12/2018

© James Fraher

JODY WILLIAMS (1935-2018)

Quand parut en 2002 l’album “Return Of A Legend”, personne ne remit en cause son titre hyperbolique tant la réapparition de la figure majeure du Chicago blues qu’était Jody Williams constituait un miracle. 

Né le 3 février 1935 à Mobile dans l’Alabama, Joseph Leon “Jody” Williams n’a que cinq ans quand sa famille s’installe à Chicago. Sous l’influence des Harmonicats, un groupe de variété très populaire à la fin des années 1940, il s’intéresse à l’harmonica, dont il devient un virtuose au point de se produire localement dans des spectacles de variété. La rencontre, à l’occasion d’un spectacle d’amateurs, avec un certain Ellas McDaniel, futur Bo Diddley, est l’occasion d’une double révélation : celle du blues d’une part, celle de la guitare de l’autre. Quelques jours à peine après leur rencontre, Jody s’est fait offrir une guitare par ses parents, et il accompagne son mentor, qui a sept ans de plus que lui, dans le marché de Maxwell Street.

En plus de jouer avec Bo Diddley, Williams fait rapidement ses débuts dans les clubs de Chicago, au sein d’un groupe dans lequel figure également le pianiste Henry Gray. Vers 1954, il rejoint l’orchestre d’Howlin’ Wolf, qui vient juste d’arriver de Memphis. Il y partage le rôle de guitariste avec Hubert Sumlin, recruté peu après lui. C’est avec le Wolf qu’il fait ses débuts en studio pour Chess le 25 mai 1954, contribuant pour l’occasion à un titre majeur, Evil is going on. Cette séance est la première d’une série d’accompagnements gravés pour le label qui s’étendra jusqu’en 1961, derrière, entre autres, Sonny Boy Williamson, Willie Dixon, Otis Spann, Dale Hawkins, Sugar Pie DeSanto et Jimmy Rogers. En dehors de Chess, Williams travaille également pour Vee Jay (derrière Billy Boy Arnold, un autre protégé de Bo Diddley), Cobra (Otis Rush et Harold Burrage), United (Dennis Binder)… Du I wish you would d’Arnold au Who do you love de Bo Diddley, en passant par Don’t start me talkin’ de Sonny Boy Williamson et Three times a fool d’Otis Rush, nombre des titres auquel il a contribué sont devenus d’immenses classiques.

 


Hubert Sumlin, Howlin' Wolf, Hosea Kennard, Nicky (barmaid), Jody Williams, 708 Club, Chicago. © X / DR

 

Parallèlement à son rôle d’accompagnateur, il s’engage dans une carrière personnelle publiant des singles pour Blue Lake puis Argo, respectivement sous les pseudonymes de Little Papa Joe et Little Joe Lee, puis pour Nike, Jive, Smash et Yulando sous son propre nom. Si les faces chantées souffrent des évidentes limites vocales de Williams, ses instrumentaux, et en particulier l’emblématique Lucky Lou, confirment son statut de guitariste de premier plan au sein d’une scène chicagoane en pleine ébullition créative.

 

 

Hélas, au fur et à mesure que croit sa réputation artistique, son mécontentement à l’égard de l’aspect commercial de son métier augmente. Le riff qu’il a créé pour le Billy’s blues de Billy Stewart est emprunté par Mickey Baker pour le tube Love is strange de Mickey et Sylvia, puis par Ike Turner pour All your love d’Otis Rush, et le procès intenté à Baker par Chess aboutit à ce que les crédits soient attribués intégralement à Bo Diddley. S’il continue quelques temps à se produire avec son trio dans les clubs de Chicago, Williams abandonne totalement à la musique à la fin des années 1960 pour devenir technicien chez Xerox, tandis que se développe un culte, minoritaire mais ardent, autour de ses contributions.

 


Chicago, 2001. © André Hobus

 


Patrick Rynn, Jody Williams, Chris James, Willie Hayes, Rick Kreher, Utrecht, 16 novembre 2002. © André Hobus

 


Utrecht, 16 novembre 2002. © André Hobus

 

Il faut attendre que Williams prenne sa retraire, au tournant des années 2000, pour qu’il retrouve un certain intérêt pour la musique, sa guitare étant restée, selon ses propos, « sous son lit » pendant toute cette période. Le déclic se produit lorsqu’il est invité, en mars 2000, à la fête d’anniversaire de Robert Lockwood Jr, et il fait quelques prestations ponctuelles dans les clubs locaux. Mais c’est son apparition discrète au regretté Blues Estafette en novembre 2000 qui alerte ses admirateurs sur son retour, confirmé par la sortie en 2002 d’un album, “Return Of A Legend” (Evidence) à la hauteur des espoirs les plus fous et par un triomphe sur la grande scène du Blues Estafette la même année.

 

 


Chicago, 2005. © Brigitte Charvolin

 


Chicago, 2007. © Brigitte Charvolin

 

 

La sortie de “You Left Me In The Dark” en 2004 ainsi que sa participation la même année à la tournée du Chicago Blues Festival contribuent à répandre sa popularité, mais des problèmes de santé lui interdisent de poursuivre plus avant un retour qui s’annonçait triomphal. Il avait accordé deux entretiens à Soul Bag, parus dans nos numéros 176 et 204. Publiée quelques mois avant son décès survenu le 1er décembre 2018, l’anthologie “In Session – Diary Of A Chicago Bluesman”, évoquée dans notre numéro 232, permet de se replonger dans le cœur de l’œuvre bien trop réduite d’un artiste majeur de la scène blues de Chicago.

Frédéric Adrian

 

 


Chicago, 2010. © Brigitte Charvolin

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