Actus

17/09/2018

Chicago, 2007 © Brigitte Charvolin

Big Jay McNeely, 1927-2018

Durant toute sa vie artistique, Cecil James McNeely a proposé un style de sax ténor flamboyant, jusqu’à peindre en fluo son instrument qu’il faisait flasher sur scène, tous spots éteints. Sa signature musicale ? Un phrasé éructant, rauque, animal, physique, censuré même par les ligues dites “vertueuses” quand le Los Angeles Times le photographia jouant couché, tout en sueur, pendant que de jeunes gens blancs se déchaînaient devant lui (1951). Oh scandale ! Et la photo disparut instantanément.

 


© Bob Willoughby

 

Né en 1927 à Watts, ville noire qui fut annexée à Los Angeles en 1929, après ses frères Dillard Jr (1920, non musicien) et Robert (1922), qui préfèrera le baryton après l’alto, il avait puisé son inspiration dans la fluidité jazzy d’Illinois Jacquet chez Lionel Hampton (Flying home, 1942). Ce genre de combo où le sax devenait une voix majeure devint à la mode dans le monde afro-américain d’après-guerre et les labels se bousculèrent pour les enregistrer. Johnny Otis l’engage dans son club de South Central, le Barrelhouse, tandis que le producteur Ralph Bass le repère pour Savoy.

 


© DR

 

Entré en concurrence avec les “Gaitortail” Willis, Jack McVea, Lynn Hope et bien d’autres, Big Jay McNeely va pousser hors limite son style et la dynamique de son phrasé rock ‘n’ roll frénétique, soufflant des clameurs rauques jusqu’à extinction, clamant des coups rageurs d’avertisseurs qui définiront la vague “honk”. Deacon’s hop et ses variantes (en 1949), Roadhouse boogie (1949 aussi), Insect ballNervous mannervouset 3-D (1953) deviendront ses signatures, avec d’autres versions de All night long, comme Blow Big Jay. Mais l’engouement pour ce jeu, spectaculaire avant tout, résistera mal à l’écoute sur vinyle et petit à petit va le rétrograder. Il connaîtra encore un gros succès avec la ballade There is something on your mind (1959, non chantée par lui à l’origine) puis son nom disparaît au point qu’il exerce alors la fonction de facteur. 

 


Avec Katie Webster, Bruxelles, 29 janvier 1985 © André Hobus

 


Bruxelles, 29 janvier 1985 © André Hobus

 

Ce n’est qu’au mitan des années 1980 que les collectionneurs européens vont le redécouvrir, rééditer ses faces Savoy, Aladdin, Imperial, Federal… et l’enregistrer à nouveau en Grande-Bretagne, France, Allemagne (l’excellent “Saxy Boogie” d’Axel Zwingenberger, 2008), Hollande… Avec toujours cette même prestance et présence.

 


© DR / Collection André Hobus

 

Réécouter sa discographie historique, c’est revivre un monde culturel afro-américain disparu ou passé à tout autre chose. Dans les saxophonistes contemporains de rhythm and blues traditionnel, je ne vois que Sax Gordon Beadle pour vous donner une idée des pratiques de Big Jay McNeely qui aura joué jusqu’à son dernier souffle, même en fauteuil roulant.

André Hobus

 


Chicago, 2007
© Brigitte Charvolin

 


Chicago, 2007 © Brigitte Charvolin

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