Live reports

07/09/2018

Lars Kutschke, Sharrie Williams © C. Mourot

Mécleuves Terre de Blues

Lanceumont (57)

Première édition d’un nouveau festival qui se tient à proximité de Metz en Meurthe et Moselle. Le maître du projet Philippe Manzano est un habitué de l’organisation de manifestations, sportives ou autres, et s’est entouré de Nico Vallone à la programmation et de plusieurs autres anciens de Vache de Blues. Au milieu des champs, ils ont créé un lieu et une identité qui mettent les spectateurs rapidement à l’aise. Deux bars, plusieurs stands de nourriture, d’autres consacrés aux produits équitables, à la mode ou à d’étonnants sacs fabriqués à partir de disques vinyles, tout est là pour accueillir confortablement le public.

Le vendredi soir est ouvert par le régional Carlos Pavicich et son duo basse-batterie Two Minutes. La principale curiosité de la formule est la basse picolo du leader, ce qui revient, pour les oreilles du spectateur non averti, à le voir et l’entendre jouer du blues rock sur une guitare à quatre cordes. C’est fait avec talent et amabilité, ça met les oreilles en chauffe.

Autres régionaux, les Vecchi E Brutti sont des durs, dont le blues pub rock est emmené par la voix rocailleuse de Flavio Neri, avec la guitare solide de Florent Plataroti, la rythmique de Carmelo Piazza à la basse et Pierre Ennen à la batterie et une généreuse section de cinq cuivres dont les frères Denis et Christophe Chollot au saxophone et à la trompette. Leurs chevaux de bataille sont au point, dont Dead men, ça tourne au millimètre, même si les cuivres se marchent un peu les uns sur les autres de temps en temps.

 


Carlos Pavicich

 


Vecchi E Brutti

 

La vedette de la soirée est JJ Thames qui démarre à fond, ne laissant aucun répit à ses accompagnateurs, Yann Cuyeu à la guitare, Cédric Le Goff à l’orgue, Kris Jefferson à la basse et Fabrice Bessouat, qui ne le demandent pas car ils sont aussi à fond ! C’est un plaisir de voir JJ arpenter la scène, provoquer ses musiciens, solliciter le public, tout en chantant passionnément son répertoire, tiré de ses deux disques, qu’elle complète de reprises de Ruth Brown, Mama he treats your daughter mean, John Lee Hooker, Boom boom, ou Johnnie Taylor, Last two dollars. Yann Cuyeu est impressionnant à la guitare, dont il enrichit régulièrement le son par des effets wah-wah ou autres. Il a aussi une présence scénique étonnante, ce qui vaut de belles séquences avec JJ. Sur Hey you, il est au duel avec Cédric Le Goff à l’orgue. Raw sugar est l’occasion d’une partie de scat par JJ avant de partir dans un medley avec Summertime et une longue séquence musicale jazzy. La reprise de I’d rather go blind d’Etta James est phénoménale aussi bien au chant qu’à la guitare avec un solo héroïque de Yann. Sur le rappel No turning back, funky à souhait, c’est une succession de solos, à la basse, à la batterie, à l’orgue, avant que Kris Jefferson et Yann Cuyeu se lancent dans une chorégraphie de leur cru et que tout se termine aux cris de « we got the funk »et « gotta have that funk » !

 


JJ Thames

 


Kris Jefferson

 


Yann Cuyeu

 


Fabrice Bessouat

 

Le samedi après-midi nous assistons à la master class de saxophone donnée par Sax Gordon et pouvons admirer sa pédagogie et sa gentillesse. 

La soirée démarre avec le duo The Goon Mat & Lord Benardo. Avec eux c’est downhome boogie blues à tous les étages. Il y aura un seul titre vaguement lent, tous les autres étant pris à un rythme enlevé, la plupart du temps introduits par des exhortations du type « are you ready to boogie ? », et la variante « are you ready to jump ? », des riffs sauvages à la guitare, bientôt suivis par d’autres tout aussi sauvages à l’harmonica. The Goon Mat est au chant, à la guitare, à la batterie aux pieds et a en permanence une sorte de feu dévorant dans le regard. Lord Benardo est à l’harmonica et, comme à son habitude, virevolte, arpente la scène dans toutes ses dimensions, s’approchant de son ampli pour chercher le larsen, utilisant son harmonica pour permettre à The Goon Mat de jouer en slide, et finissant au milieu du public pour grimper sur les barrières de la zone des tables de mixage. Rollin and tumblinBig boss man, quelques reprises accompagnent les compositions dont Take off your clothes et ses effets sépulcraux à l’harmonica, présent sur le nouveau disque. Le final se fait avec Oh Lord show me the way avant un rappel en boogie, pendant lequel The Goon Mat se tient momentanément debout et glisse le riff de Smoke on the water.  

 


The Goon Mat & Lord Benardo

 

 

Sax Gordon va ensuite montrer qu’il est possible de faire encore plus monter la pression. Accompagné par Yann Cole and the Soul Brothaz, avec Yann Cole à la guitare, Laurian Daire aux claviers, Xavier Querou au saxophone, Pierre-Marie Humeau à la trompette, Vincent Aubert au trombone, Gino Chantoiseau à la basse et Francis Arnaud à la batterie, il embrase la scène et le public comme des allumettes bien sèches. Après avoir annoncé que le répertoire s’appuierait sur son nouveau disque “Rock & Roll Lives Here”, il se lance dans I need your loveSomebody in the world for youSo hardThe misfit et autres brûlots. Le titre lent The way it is, en provenance du disque “Showtime!” est l’occasion de solos de guitare puis de saxophone avec plein de gimmicks. Pendant les solos de Yann Cole à la guitare, en particulier lors du titre chanté par celui-ci, Nobody’s home, Gordon se joint à la section de cuivres et cela donne un bel alignement à regarder. Chaque membre de ladite section aura droit à un ou plusieurs solos, par exemple Vincent Aubert au trombone sur l’entraînant Big & hot, ou Xavier Queyrou qui s’illustre sur un instrumental funky qui voit aussi apparaître Nico Vallone à l’harmonica, pendant le solo duquel on verra Gordon donner les arrangements “on the spot” aux autres musiciens ! S’ensuivent RoadrunnerHave horn will travel avant un rappel d’enfer avec Every night is Saturday night. Engagement, bonheur rayonnant, talent musical, contact avec le public, Gordon remporte un triomphe mérité.

 


Sax Gordon

 


Sax Gordon, Yann Cole

 


Vincent Aubert, Pierre-Marie Humeau, Xavier Querou

 


Sax Gordon, Nico Vallone

 

Le set de Sharrie Williams semble avoir un peu de mal à démarrer après une telle tornade. Mais la dame a du métier et va petit à petit prendre le dessus, par la qualité de son chant, sons sens du contact et de la scène. L’introduction se fait en instrumental funky, emmenée par le guitariste Lars Kutschke, avec Till Sahm aux claviers, Attila Herr à la basse et Christophe Jones à la batterie. Ce dernier intrigue d’abord car il ne joue que de la main gauche. Sharrie expliquera plus tard qu’il n’aurait pas dû faire la tournée car, victime d’une attaque, il avait perdu l’usage de son bras droit. Solidaire et ultra motivé, il est venu en Europe quand même ! Première séquence émotion. Et une deuxième quand Sharrie raconte sa propre histoire, enfance maltraitée, drogue, tentatives de suicide, découverte de la religion et chemin du salut. Quand elle chante Hard driving woman, on la croit ! Elle reprend I’ll take you there avec une longue introduction personnelle puis est elle-même prise par l’émotion à la fin de Out of the dark. Gordon Beadle réapparait sur scène pour une version torride de Lover bud trade. Le rappel est funky, puis bodiddleyien, et donne l’occasion à Sharrie de descendre au milieu du public. Quand elle remonte sur scène elle se lance dans I’m travelling, pendant lequel elle fait danser tous ses musiciens, y compris Christopher Jones qu’elle remplace à la batterie ! Quelle femme !

 


Sharrie Williams

 


Lars Kutschke

 

C’est donc à une belle première édition que nous avons assisté, et les organisateurs donnent rendez-vous en septembre 2019. Ils annonceront une affluence d’environ mille spectateurs en moyenne par soir. Un indice qui pouvait le laisser penser : le stock de MTB burgers a été épuisé deux soirs de suite !

Texte et photos : Christophe Mourot

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