Live reports

09/05/2018

© Frédéric Ragot

KAMASI WASHINGTON

Bataclan, Paris 11e

À quelques semaines de la parution d’un successeur très attendu à “The Epic” dont très peu d’éléments ont filtré – Soul Bag vous en dit plus dans le prochain numéro, un peu de patience –, c’est un Bataclan rempli et frémissant qui attend Kamasi Washington. Le collectif français Bon Voyage Organisation, en quintet, propose en première partie un set quasi instrumental intrigant – entre free jazz, funk et électro-pop à la Kraftwerk, pour résumer très grossièrement – mais très éloigné des centres d’intérêt de Soul Bag, avant l’entrée en scène, à vingt heures trente précises, du grand homme.

Régulièrement privé de certains de ses titulaires ces derniers mois pour cause de projets solo parallèles, c’est cette fois-ci son équipe première que peut aligner Washington, ceux qui l’accompagnent sur ses projets discographiques depuis le début de sa carrière :  Ryan Porter au trombone, Brandon Coleman aux claviers, Tony Austin et Robert Miller aux batteries, Miles Mosley à la contrebasse et la chanteuse Patrice Quinn – dont le jeu de scène théâtral est toujours aussi agaçant –, rejoints en cours de route par l’invité permanent (et paternel de la vedette) Rickey Washington, à la flûte et au saxophone. Pour se faire une idée de la cohésion de l’ensemble qui s’installe, il suffit de constater que cinq des sept musiciens présents autour de Washington étaient déjà à ses côté en 2005, lorsqu’il publiait son premier disque, l’autoproduit “Live At 5th Street Dick's”… 

 

 

 

 

 

Le résultat est deux heures de musique à l’intensité proprement stupéfiante. Visiblement peu amateur de routine, Washington n’a pas de programme établi et puise à sa guise, suivant les soirs, dans son large répertoire. Il emprunte bien sûr à “The Epic” (le magnifique et complexe Leroy and Lanisha, avec ses multiples changements de rythme, conclu par un sublime solo de Brandon Coleman) et au EP “Harmony Of Difference”, avec le très intense Truth, précédé, sans référence explicite à l’histoire du lieu où se tient le concert, d’une explication du sens du titre du disque dont il est extrait et sur lequel Patrice Quinn a la lourde tâche de remplacer à elle seule la chorale présente sur l’original.

 

 

 

 

Mais Kamasi Washington se permet aussi de lancer un duo spectaculaire, tout en restant musical, entre ses deux batteurs, ou d’interpréter Black man, une composition de Brandon Coleman et Patrice Quinn, chantée par celle-ci, et pour l’instant inédite. Chacun des morceaux dépasse largement le cadre de son enregistrement initial pour faire la place à de longs développements par Washington et ses accompagnateurs, et vont bien souvent au-delà du quart d’heure, voire la vingtaine de minutes, sans cependant perdre en cohérence ou en intensité. 

 

 

 

 

En fin de concert, Washington fait place à deux titres extraits du disque à venir : le très beau The space travellers lullaby et surtout sa version, chantée par Patrice Quinn, de la chanson du film de Bruce Lee La Fureur de Vaincre, qu’il présente comme « son film de kung fu préféré ». Entre ses mains et celles de son orchestre, la chansonnette sans grande ampleur se métamorphose en commentaire social, voire, quand Patrice Quinn entonne le poing levé « Our time as victims is over / We will no longer ask for justice / Instead we will take our retribution », en appel à l’insurrection. L’ensemble, ponctué d’un incroyable solo de contrebasse – à l’archet et avec des effets wah-wah – de Miles Mosley et de multiples reprises du thème à l’unisson, coupe littéralement le souffle au public, ne cessant de gagner en intensité pendant un bon quart d’heure. C’est là que se termine le concert, sans rappel pour cause de couvre-feu imposé. Encore scotché par ce qu’il vient d’entendre, la salle ne songe même pas à protester – difficile d’ailleurs d’imaginer ce qui aurait pu suivre un tel déferlement émotionnel. Kamasi Washington poursuivra sa nuit sur la scène du Baiser Salé… Les spectateurs, eux, garderont longtemps le souvenir d’une prestation d’exception.

Frédéric Adrian
Photos © Frédéric Ragot

 

 

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