Live reports

03/09/2017

Foley © Frédéric Ragot

Foley + Jowee Omicil

Jazz à La Villette (Paris, 19e)

Dans une programmation à base de valeurs tellement sûres qu’elles en deviennent quelque peu répétitives (c’était la troisième prestation parisienne de Fred Wesley en moins d’un an…), deux noms sautaient aux yeux des amateurs. Celui de Don Bryant, tout d’abord, pour le premier concert parisien (dont l’excellent Ulrick Parfum vous dit par ailleurs tout le bien qu’on peut en penser) d’une carrière débutée – avec les Four Kings et l’orchestre de Willie Mitchell – il y a bientôt 60 ans, mais aussi, bien moins médiatisé, celui de Foley. Découvert à la fin des années 1980 au sein de l’orchestre de Miles Davis, le bassiste avait publié en 1993 sur une sous-marque de Motown un album personnel ambitieux, sous influence P-Funk, avec la participation de George Clinton lui-même, mais semblait avoir à peu près disparu de la scène musicale depuis, se contentant d’apparitions ponctuelles discrètes – en tant qu’ingénieur du son pour Prince, comme bassiste pour le groupe du batteur Chris Dave, et même, il y a une dizaine d’années, au sein de l’orchestre du percussionniste Jack Ashford au New Morning…

Lui-même le reconnaît sur scène : sans album – et le seul à son nom fêtera ses 25 ans l’année prochaine –, difficile de se faire embaucher, et c’est à la présence à ses côtés d’amis fidèles qu’il doit sa venue au festival. Il faut dire que, côté orchestre, il n’a pas fait les choses à moitié : deux anciens collègues de chez Miles Davis, le saxophoniste Kenny Garrett et le bassiste Darryl Jones (exceptionnellement dispensé de  répétitions pour l’occasion par ses employeurs actuels, rien moins que les Rolling Stones), Larry Dunn, membre historique d’Earth Wind & Fire, et Bobby Sparks (ancien de RH Factor de Roy Hargrove et membre actuel des Snarky Puppy) aux claviers, et deux de ses partenaires réguliers, Kwinton Gray aux claviers et Derek Winkley à la batterie.

Avant cela, cependant, c’est le saxophoniste canadien Jowee Omicil qui ouvrait la soirée en présentant des extraits de son disque récent “Let's Bash!”. Réputé pour sa présence scénique, Omicil avait envie de jouer, mais plus la comédie que sa musique. Plongée dans la foule, appels à la participation du public, citations démagogiques et reprises faciles (La bohème de Charles Aznavour), tout y passe, au détriment de la musique elle-même – dommage, d’autant que les thèmes d’Omicil, influencés en particulier par ses origines haïtiennes, ne manquent pas de charme.

 


Jowee Omicil

 


Jowee Omicil

 

Changement de registre pour Foley ensuite. Le bassiste, protégé d’une capuche qu’il ne quittera pas, est visiblement nerveux : comme il le dira un peu plus tard, cela fait vingt ans qu’il n’a pas fait cela. Souvent tourné dos au public pour diriger ses musiciens, il lui faudra trois bons quarts d’heures pour se lâcher un peu, esquisser quelques pas de danse et dire quelques mots. En attendant, c’est la musique qui a la parole, et ce n’est pas plus mal. Le répertoire emprunte aux classiques du jazz fusion, sans sombrer dans les tubes trop évident (The senate de Miles Davis, Struttin’ de Lenny White), sublimés par un niveau de jeu exceptionnel, à la hauteur des pedigrees de l’ensemble des participants. Difficile de savoir ce qu’il faut le plus admirer : les chorus impeccables de Garrett ou la basse propulsive mais non intrusive de Jones ?  Les ponctuations ésotériques des synthés de Dunn ou les cris déchirants de l’orgue de Sparks ? La batterie tellurique de Winkley ou les touches à la Worrell de Gray ? Plutôt discret en début de concert et semblant se contenter d’un rôle de chef d’orchestre, Foley prend progressivement confiance et balance quelques solos inspirés de sa fameuse “lead bass” à l’approche inimitable, qui emprunte beaucoup à la guitare.

 


Darryl Jones, Derek Winkley, Foley, Kwinton Gray, Kenny Garrett

 


Foley, Kenny Garrett

 


Darryl Jones, Derek Winkley, Foley

 

Un beau duo – sur un titre que je n’ai pas identifié – permet aux deux claviers principaux de se lancer dans un dialogue synthétiseur-orgue de toute beauté, avant que Foley demande à Larry Dunn d’interpréter Spirit, le classique d’Earth Wind & Fire. Bien que cela ne soit visiblement pas prévu – au vu de la réaction de Dunn – celui-ci s’exécute et en offre une version solo magnifique.

 


Larry Dunn

 


Bobby Sparks

 


Foley

 

Après une prestation d’une heure, Foley revient seul pour le premier rappel, pour lequel il s’installe à l’improviste aux claviers – bravo aux techniciens pour leur réactivité – et décide, bien qu’il ait annoncé un peu plus tôt qu’il ne chanterait pas, de se lancer dans sa chanson It’s positive, issue de son seul album solo. Il tente ensuite de rendre hommage à Prince avec The most beautiful girl in the world, mais est submergé par l’émotion et quitte brutalement la scène avant même d’avoir atteint le refrain. Il revient néanmoins avec ses complices de la soirée pour un dernier titre instrumental, à l’issue duquel il s’éclipse précipitamment, laissant les musiciens se congratuler longuement, visiblement heureux et fiers d’avoir participé à un tel moment de musique. Difficile de savoir s’il y aura des suites à ce concert exceptionnel – pas facile de faire tourner un tel orchestre ! –, ni s’il suffira à relancer la carrière de Foley, mais ceux qui y ont assisté n’oublieront pas de sitôt cette incroyable soirée.

Frédéric Adrian
Photos © Frédéric Ragot

 


Darryl Jones, Foley

 

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