Live reports

05/09/2017

Don Bryant © Frédéric Ragot

Don Bryant & the Bo-Keys + Gregory Porter

Jazz à La Villette (Paris, 19e)

Depuis la publication de son excellent “Don’t Give Up On Love”, la carrière de Don Bryant connaît un regain de popularité aussi mérité qu’inattendu. Remercions donc le festival Jazz à La Villette de l’avoir intégré à sa programmation, pour ce qui sera la seule date française d’une tournée européenne dont on souhaite qu’elle soit suivie par d’autres tant le chanteur apparaît en pleine possession de ses considérables moyens. Il endosse d’ailleurs son nouveau statut de frontman avec un naturel confondant, ce qui n’allait pas forcément de soi quand on se rappelle qu’il consacra l’essentiel de sa vie professionnelle à écrire des chansons pour les autres. Mieux, cette émancipation tardive confère à son set une fraîcheur inhabituelle : pas de grosses ficelles ni d’automatismes chez lui, juste un plaisir énorme à partager sa musique, plaisir à ce point communicatif qu’il instaure une connexion affective quasi-immédiate avec le public. Pas facile à faire lorsqu’on passe en première partie d’un artiste établi comme Gregory Porter et que la plupart des spectateurs (venus nombreux : la salle était pleine) ne connaissent pas votre répertoire !

 

 

Le concert démarre sur les chapeaux de roue avec A nickel and a nail, empruntée à son idole O.V. Wright et prétexte à un bel ad-lib churchy mi-parlé, mi-chanté. Jouée tous cuivres dehors (Marc Franklin à la trompette, Kirk Smothers au sax ténor), la funky Something about you maintient un niveau d’intensité élevé. Soutenu par des Bo-Keys remarquables d’altruisme et de retenue (leurs interventions n’ont qu’un seul but : mettre en valeur leur leader), Bryant transpire de générosité.

 


Don Bryant

 


Archie Turner

 


Scott Bomar

 

Adoptant un jeu de scène sobre ainsi qu’une gestuelle dont l’élégance s’accorde bien à son statut de vétéran sudiste (75 ans tout de même), il se donne à 120 %, multipliant les œillades complices et arpentant chaque recoin de la scène, à tel point… qu’il tombe à terre vers la fin du morceau ! On craint le pire quand on constate que le soulman, apparemment sonné, ne réussit pas à se remettre debout. Plus de peur que de mal cependant : aidé par un roadie et soutenu par un public qui l’encourage à pleins poumons, l’accident aura eu raison de ses lunettes mais pas d’un concert qu’il mènera jusqu’à son terme avec une ferveur décuplée.

 

 

 

 

Le spectacle repart donc de plus belle avec une pépite exhumée des sixties, la ballade deep-soul I’ll go crazy. Nouvelle plongée dans le passé avec le tube R&B I got to know, écrit pour les 5 Royales en 1960 (sans chœurs : dommage !) puis retour au présent avec deux merveilles tirées du dernier album (One ain’t enough, How do I get there) permettant à Joe Restivo – lunettes noires, cheveux gominés et Telecaster en bandoulière – de rendre hommage à son modèle Steve Cropper (rythmiques tranchantes, chorus acérés). Le chant de Bryant domine les débats, la raucité de sa voix issue des concerts précédents ne faisant qu’accroître son pouvoir émotionnel. Moment d’émotion avec la splendide Don’t give up on love, dédiée à son mentor Willie Mitchell (qui fut aussi le beau-père de l’organiste Archie Turner), enchaînée au boogaloo Shotgun, classique fédérateur donnant l’occasion à Kirk Smothers (ténor) et Archie Turner (Hammond) d’aligner quelques chorus bienvenus (même si trop courts, mais l’heure tourne…).

 


Joe Restivo

 

 

Le show se conclue avec I can’t stand the rain, le hit que Don Bryant écrivit avec sa femme en 1974, puis par le refrain de Reach out and touch somebody’s hand, le tube de Diana Ross ; frissons assurés… Présenté par le bassiste-producteur Scott Bomar, Don Bryant sort de scène sous les vivats de l’assistance à laquelle il adresse embrassades et déclarations d’amour enflammées. On se prend à rêver à un rappel… qui ne viendra pas, contraintes horaires obligent. Prestation largement réussie donc, malgré sa durée frustrante (ce set en appelait un second, au moins !). Don Bryant confirme en tout cas qu’il est bien l’un des chefs de file de la soul sudiste actuelle. Espérons qu’il nous revienne en tête d’affiche, et vite ! (UP)

 

 

 

Concert filmé par Arte, disponible ici.

 

Après un court entracte, c’est au tour de l’orchestre de Gregory Porter de s’installer, rejoint au bout de quelques instants par le chanteur, accueilli par un public à l’impressionnante ferveur. Porter chante toujours aussi bien, mais, avec le succès, une certaine rigidité s’est introduite dans ses prestations : la setlist ce soir est exactement identique à celle du concert parisien d’octobre 2016 (compte rendu ici), et Porter ne semble pas vouloir se détourner de sentiers désormais bien rebattus.

 

 


Gregory Porter

 

Les limites flagrantes de ses accompagnateurs, et au premier chef du saxophoniste Tivon Pennicott, pourtant membre régulier de son groupe depuis le début de sa carrière, contribuent à lui interdire toute “sortie du cadre”, et le résultat s’avère passablement ennuyeux. Cela ne semble pas déranger le reste des spectateurs, mais la délégation de Soul Bag décidera de quitter les lieux au bout de quelques morceaux… (FA)

Ulrick Parfum et Frédéric Adrian
Photos © Frédéric Ragot

 


Gregory Porter
 

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