Live reports

12/07/2017

© Éric Garault

Buddy Guy

Olympia, Paris, 9e

Il y a un paradoxe Buddy Guy. Capable de fulgurances proprement inouïes – sans remonter à des prouesses quinquagénaires, il suffit de penser à son incroyable version de Champagne and reefer avec les Rolling Stones dans le film Shine a light –, il s’est aussi rendu coupable, au fil des années, de compromis et de compromissions qui ont largement ternis l’éclat de sa réputation auprès d’une partie du public blues mais lui ont aussi permis de se constituer une solide clientèle côté rock. Incontestable “plus grand bluesman vivant” depuis le décès de B.B. King, il continue à enregistrer régulièrement et à tourner de façon incessante. Son passage à l’Olympia, seule date française de l’été avec le festival de jazz d’Antibes, intervenait quasiment un an jour pour jour après sa précédente venue, ce qui explique peut-être, avec un prix des billets particulièrement élevé, un remplissage incomplet – mais néanmoins copieux – de la salle.

C’est à Kepa, un jeune musicien apparemment très actif sur les scènes du sud de la France, qu’il appartient d’ouvrir la soirée en format one-man-band, à base de dobro, harmonica et percussions pédestres. Pas totalement abouti – il y a là des climats plus que des chansons –, son blues déglingué entre Captain Beefheart et Tom Waits ne manque ni de charme immédiat ni de promesses dans sa volonté de s’éloigner des sentiers rebattus de l’imitation servile.

Le temps d’un entracte – qui permet de vérifier que les concerts blues sont l’un des seuls événements au monde où la file d’attente des toilettes est plus longue côté masculin –, et l’orchestre, aussi anonyme que fidèle (Marty Sammon aux claviers, Ric Jaz à la guitare, Tim Austin à la basse et Orlando J. Wright à la basse) de Buddy Guy est déjà en place. Le grand homme ne tarde pas à les rejoindre, toute guitare hurlante – même si le volume sonore est plus raisonnable qu’en d’autres occasions – pour Damn right I've got the blues attendu et efficace, malgré une qualité sonore déplorable, qui sera d’ailleurs corrigée dès le morceau suivant. Première surprise : s’il se lance dans un long solo tout en force, pour la plus grande joie du public, celui-ci reste construit et ne l’empêche pas d’interpréter la chanson en entier.

 

 

Il enchaîne avec un Hoochie coochie man nuancé, où il s’amuse des difficultés vocales du public, qui se transforme naturellement en un She’s 19 year old expressif, mais dans lequel les clowneries ne prennent pas le pas sur l’interprétation…  On commence à se dire que, peut-être, il est en train de se passer quelque chose quand Buddy évoque un admirateur qui est venu avant le concert lui présenter une photo de lui avec Junior Wells prise à l’occasion d’une visite parisienne du début des années 1970 avant de se lancer dans une version sensible de Hoodoo man blues, dans laquelle sa voix imite celle de son ancien partenaire disparu il y a bientôt vingt ans.

 

 

C’est peut-être bien ce rappel du passé qui détermine ce qui se passe ensuite. S’il ne déroge pas à son habitude de rendre des hommages plus ou moins téléphonés à ses pairs (quelques secondes de Boom boom, un court Sweet sixteen engagé à la façon de B.B. King et clôt à la Buddy Guy, un plus inattendu hommage à Marvin Gaye (Ain’t that peculiar) et, plus tard dans le spectacle, les reprises d’Eric Clapton et Jimi Hendrix qu’il fait depuis plus de 25 ans), c’est bien Buddy Guy que l’on va entendre ce soir. Après une belle version de Grits ain’t groceries (qui cite brièvement Who’s making love), il interprète Born to play guitar, la chanson titre de son dernier album, et continue à piocher dans sa propre discographie : Feels like rain – inspirée par la pluie qui a inondé Paris les jours précédents –, Skin deep, Someone else is steppin' in s’enchaînent, toutes interprétées dans leur intégralité et sans numéro de cirque – à part la traditionnelle descente dans le public sur Someone else is steppin' in, qui reste relativement brève –, loin de leur transformation en prétextes à solos lors de prestations antérieures.

 

 

Bien sûr, Buddy Guy ne serait pas lui-même si les gimmicks n’étaient pas de la partie, mais pour une fois les “blagues” plus ou moins drôles et les “trucs” restent sous contrôle : ainsi, il ne jouera avec les dents qu’une seule fois, et brièvement. De plus, il assure lui-même la presque totalité des solos : son guitariste n’aura droit qu’à deux reprises à une mise en avant et son clavier à une seule – bien suffisante, d’ailleurs, dans son cas. Au final, il se replonge dans le quasi quinquagénaire “This Is Buddy Guy” pour une version dynamique et maîtrisée de Fever, après laquelle, pendant que l’orchestre ronronne, il pratique sa traditionnelle distribution de colifichets avant de quitter la scène sans rappel mais après une prestation de quatre-vingt-dix minutes. Après des années de shows en pilotage automatique (c’était pour moi le cinquième concert de Buddy Guy en une vingtaine d’années), il fallait bien cette soirée pour rappeler que le statut de Guy n’était pas usurpé…

Frédéric Adrian
Photos © Éric Garault

 

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