Live reports

02/03/2016

© Patricia Reyes

Seinabo Sey

Café de la Danse, Paris 11e

“Pretend” est une merveille. Quelques mois de recul et de nombreuses réécoutes le confirment. Le premier album de Seinabo Sey se détache nettement du flot de productions actuelles, un vrai bonheur pour les amateurs de voix soul et de chansons fortes. Pour une confirmation live du talent de cette chanteuse suédoise, inutile de chercher plus loin que le Café de la Danse ce soir de mars. Comment allait-elle transposer sur scène les sonorités electro et les arrangements somptueux de son complice Magnus Lidehäl ? Entourée d'un quartet précis et attentif, tout simplement. Une rythmique polyvalente (frappe aux mailloches et basse au clavier si besoin), un pianiste subtil également en charge d'une touche de programmation, une choriste d'une justesse remarquable. Oubliez les solos et les effets de manche, place à une volonté de rester au plus proche du disque, sans pour autant tomber dans le piège d'un formatage étouffant. À l'aise pour établir un contact chaleureux avec le public, nombreux et réceptif, Seinabo Sey aime introduire ses chansons sur le ton de la confession ponctuée d'une note d'humour, en dévoilant par exemple certains titres de travail (ainsi l'on apprend que Poetic s'appelait Pathetic, ou encore que son tube Younger a porté le doux nom de Seinabo suicide).

 

 

Dès l'entame de son Easy, on est saisi par tant de magnétisme vocal. Cette profondeur de timbre, ce soin apporté à la restitution des mots, ce jeu amoureux avec les consonances et les silences, font de chaque pièce un petit bijou d'émotion. Certes, on la sent un brin moins à l'aise lorsqu'il faut monter dans les aigus dans ce River qui peine un peu à décoller, mais la suite est bel et bien un enchaînement de temps forts. Et quand les trois quarts du groupe s'éclipsent pour laisser Seinabo seule avec son pianiste, c'est toute la beauté limpide et poignante de Sorry qui irradie la salle. Ça fonctionne aussi lorsque la pulsation se tend (Pretend, Who), avant que ses mélodies addictives reprennent leur droit sur les rives du recueillement. Comme dans Still et dans Burial, vibrant hommage à son père, le chanteur et percussionniste gambien Maudo Sey, décédé en 2013. Touchante et juste, Seinabo Sey enchante. Et si ce soir elle nous fait penser un instant à Jill Scott (dont elle est fan et à qui elle ressemble dans cette robe et à travers certaines mimiques), elle montre surtout à quel point elle a su tracer son propre chemin, loin des étiquettes prêtes à l'emploi.

Pour parachever l'intégralité de son répertoire, la voilà qui revient et entonne le puissant Hard time, un titre qui étend les embranchements de sa musique jusqu'aux field hollers. Et de conclure en soul par le magnifique You. « Won't you tell me to my face / If I'm bound to be replaced... » Tels des sourires aimants, des fragments de chansons reviennent en tête longtemps après le tiré de rideau. Quel plaisir d'assister à l'éclosion d'un tel talent.

Nicolas Teurnier

 

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