Live reports

08/11/2015

King Biscuit © Miss Béa

Tremplin Blues sur Seine

CAC Georges Brassens, Mantes-la-Jolie (78)

Difficile de faire plus approprié que King Biscuit pour démarrer pied au plancher. Car le duo normand se distingue non seulement par l'apport d'un violon, utilisé de façon très rythmique, mais aussi par une nette propension à marteler le temps à la force du talon. Les deux compères dynamitent ainsi joyeusement un répertoire puisé loin dans le terreau musical états-unien. La voix sort saturée, l'approche assume son côté punk, on est dans le prolongement du sillon tracé dans les années 90 par le label Fat Possum. Le chant manque encore d'assurance et la pulsation est parfois un peu raide, mais le set a de la gueule, notamment lorsqu'il opte pour un boogie hypnotique piloté par un ukulélé façon “cigar-box”.

 


Max “Sugar” Blanck

 

Le longiligne Max “Sugar” Blanck (Alsace) se présente seul avec sa guitare et un harmonica en rack. Et surtout sa voix. Ample, très assurée, capable de fines nuances et d'un vibrato qui font la différence. Les murs du CAC Georges Brassens n'avaient pas fait résonner un chant blues de cette trempe depuis Mathieu Guillou de Moutain Men. Certes, le jeu d'harmonica de Max est sommaire et on l'aimerait plus tranchant sur ses cordes, mais vraiment pas de quoi entraver le plaisir principal, celui de sentir la force du blues rural d'avant-guerre couler dans les veines d'un jeune homme qui sait en plus composer dans l'esprit. Loin d'une caricature stérile, ses Safe travel et autres Losin' my mind laissent filtrer une appropriation expressive réellement prenante. Son judicieux Follow Lucille s'inscrira quant à lui bien au-dessus des divers hommages à B.B. King rendus ce dimanche après-midi.

 


Bone Tee & the Slughunters

 

Dur dur de retomber après dans l'écueil du chant poussé dans un anglais aplati à la française. De Bone Tee & the Slughunters (Aquitaine), on retient plus volontiers la guitare du leader, solide et énergique au cœur d'un quartet qui privilégie jump, rockin' blues et shuffle. Ça tourne mais, hélas, c'est rapidement une impression de raideur qui s'installe et l'emporte. Contrebasse et piano manquent en effet de souplesse et une présence scénique très statique n'arrange rien. S'il jouait debout, Bone Tee pourrait sans doute transmettre davantage son entrain manifeste à l'ensemble du groupe.

 


Weeping Widows

 

De l'entrain, Weeping Widows en a à revendre. Sauf que le duo toulousain confond vitesse et précipitation. Un harmonica suramplifié joué à 200 à l'heure, une guitare acoustique qui oublie aussi de respirer et un chant d'une lourdeur peu commune. Entre des compositions juvéniles, un atroce Rock me baby en hommage au pauvre B.B. King et un nouvel assassinat de Robert Johnson opéré au sein du public, on se demande pourquoi ils sont en finale.

 


Nasser Ben Dadoo et son harmoniciste

 

Nasser Ben Dadoo se souvient avoir participé au tremplin il y a… douze ans, avec Djam Deblues. Son quartet soudé lance un blues rase motte ponctué d'harmonica électrisant : le genre de climat poisseux idéal pour profiter de l'imposante voix de baryton du Marseillais. Par contre, le deuxième titre, pris sur un tempo très rapide, noie complètement le chant. Que de surcharge ! La suite est heureusement mieux dosée. Shuffle bien senti avec I was born into the blues, humming hookerien avec Whisky & women… Le groupe a du corps et son chef, également à la guitare, un certain charisme. Et quand on se dit que tout ça n'est tout de même pas très original, arrive un dernier titre en partie chanté en arabe. Plus aéré, plus personnel, plus d'émotion. Sûrement la bonne direction.

 


Thomas Khan et son pianiste

 

En duo avec un pianiste-organiste, Thomas Khan (Auvergne) fait montre d'une belle assurance. Sur sa guitare acoustique et, surtout, au chant. L'intensité maîtrisée qu'il déploie sur son Gospel song laisse présager d'une performance de qualité. Ce sera le cas, sauf qu'avec un set largement orienté folk et pop, le jeune homme est assez loin du sujet. Il s'en rapproche via une ballade soul bien négociée, mais le blues n'est manifestement pas son truc.

Verdict du jury :
-Prix Révélation Blues sur Seine : Nasser Ben Dadoo
-Prix FestiBlues de Montréal : Max “Sugar” Blanck
-Prix Club Mississippi : King Biscuit

 


Mike Lécuyer, Alain Langlais, Nasser Ben Dadoo et Arnaud Bel

 

Cette année les prolongations ont lieu à deux pas du CAC Georges Brassens. Le restaurant Le Régent a poussé quelques tables pour laisser place à Vicious Steel. Le duo vainqueur de la précédente édition du tremplin fait honneur au programme d'accompagnement artistique dont il a pu bénéficier pendant un an. L'allant et l'humour qui nous avaient séduit sont toujours là, dotés d'une maturité nouvelle. À voir leurs têtes dodeliner, Cedric Burnside et Trenton Ayers semblent apprécier. Avant un bœuf final riche en intensité partagée, les deux porte-drapeau du Hill country blues (qui jouaient la veille dans le cadre du festival à Aubergenville) nous assènent un court set d'une puissance phénoménale. Sous la frappe bondissante de Cedric et le bottleneck rageur de Trenton, un blues au groove 100 % juke-joint prend forme et déferle plein pot. Entendre ce Shake 'em on down débordant de vie et sentir l'effet grisant qu'il opère aux quatre coins de la salle, c'est toucher du doigt la raison d'être du blues et de la passion qu'il continue de susciter. « That's what it's all about », nous résume un Cedric ravi après cette soirée de communion. Amen.

Nicolas Teurnier
Photos © Miss Béa

 


Vicious Steel

 


Cedric Burnside et Trenton Ayers

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